Les Berbères ne se donnent pas l’appellation «berbères », mais se désignent par plusieurs autres noms selon leurs régions : les Kabyles (Leqbayel), les Ahaggariens (Ihaggaren) et les Rifains (Irifiyen)…Car le mot «berbères » n’est autre que le mot latin Barbarus qui désigne tous ces autochtones qui ne se pliaient pas aux lois romaines.
Quant à l’appellation «imazighen »(c’est-à-dire les Hommes Libres), elle est beaucoup plus ancienne puisqu’elle se retrouve dans les textes de l’antiquité sous diverses formes et altérations : Mazigh, Mazices, Mazaces… Dans les textes arabes, comme c’est le cas chez Ibn Khaldoûn, le mot s’y trouve aussi.
« Avec le Christianisme, (le mot) Afri (Africains) désigna toutes les populations d'Afrique du Nord, sous domination romaine. Au Moyen Age, les Arabes utilisèrent le mot Afâriq pour désigner les populations chrétiennes du Maghreb ayant conservé, au moins particulièrement, l’usage du latin. (…)
Les Berbères ont occupé autrefois un espace très large, allant sans discontinuer, de l’Océan Atlantique à l’Egypte, et des côtes méditerranéennes aux pays d’Afrique Noire.
Cet espace s’est considérablement rétréci au cours des siècles, sous l’avancé lente mais inexorable de l’arabisation, commencée au 7e. siècle de l’ère chrétienne et se poursuivant jusque de nos jours. »(M.A. HADDADOU, Guide de la Culture et de la Langue Berbères, ENAL et ENAP 1994, page 21)
On dénombre 45% de Berbères au Maroc, 30 % en Algérie, 21% en Libye, 1% en Tunisie, une poignée parle le Berbère dans l’Oasis de Siwa, frontière libyenne, et aussi au Sahel.
Selon Ibn Khaldoûn, les Berbères sont les descendants des enfants de Canaan, fils de Cham, fils de Noé. Leur aïeul était Mazigh.
Béjaïa est une ville maritime bâtie en amphithéâtre sur les dernières pentes du mont Gourayah (660 m). Elle domine une large baie et est protégée des tempêtes grâce au massif rocheux de Gourayah. Sa position astrologique est de 2° 49 longitude Est et 36° 49 latitude Nord. La région de Béjaïa s’étend jusqu’à Jijel à l’Est, Bouira et Tizi-Ouzou à l’Ouest, Bordj-Bou-‘Arréridj et Sétif au Sud et la mer Méditerranée au Nord (95 km de côtes).
Béjaïa jouit d’un climat doux l’hiver (13°) et chaud l’été (22°). Il est à noter que la région est l’une des plus importantes de la côte maghrébine, car les pluies atteignent une moyenne annuelle de 1035 mm. Donc la végétation s’y développe dans de meilleures conditions. C’est par excellence la région de l’olivier, du figuier, du chêne…
Son port, très actif, en plus du nouveau quai inauguré récemment (fin 1993), donnent à Béjaïa une place très importante non seulement en Algérie, mais aussi dans le monde.
La wilayah de Béjaïa est composée de trois reliefs : la plaine côtière qui s’étend de l’embouchure de l’Oued Soummam jusqu’à l’Oued Agriou à l’Est. Soit une longueur de 30 km. La Vallée de la Soummam (80 km de long et 4 km de large) sépare les Bibans-Babors (Est) et Akfadou et Gourayah (Ouest).
En ce qui concerne la population, la wilayah compte 780.650 habitants (1993). La ville de Béjaïa, à elle seule, en compte 140.0000. Ce chiffre grimpe d’une façon vertigineuse d’année en année : 5528 (1906), 111.730 (1986) et 133.870 (1990).
De l’origine de la population de la région, Mouloud Gaïd dit : « A l’époque romaine, les populations qui occupaient la région, étaient connues sous le nom de Banioures, de Kedamouziens (Ketama) et des Babares (desquels vient le nom Babor donné à la montagne) dans les massifs des Babors et de Tababort. Sur les deux rives de la Soummam, en amont, vivaient les Nababes et les Massinissens (Insisen) concentrés sur les pentes occidentales des Bibans, et en face sur les pentes du mont Ferratus (Djurdjura) : plus bas, et sur l’autre versant du Djurdjura dominaient les Quinquegentiens dans l’espace compris entre Bougie et Dellys. Ibn Khaldoun les rattache à la tribu des Senhadja dont ils constituent les deux branches : Zouaoua à l’Ouest, Ketama à l’Est. » (in Histoire de Béjaïa et de sa région, p. 23).
Ajoutons à cela les éléments orientaux qui s’étaient fondus à l’époque phénicienne et les mariages mixtes avec les conquérants. Il faut reconnaître que Béjaïa est d’une rare beauté. Elle est la perle de la côte du Saphir. Elle est comptée parmi les principaux centres attractifs du pays. Terre d’amour, de culture, d’histoire et de religion, la région est réellement privilégiée. Célèbre pour sa corniche d’or, tant à l’ouest qu’à l’est, elle est un haut lieu de tourisme.
Avant d’être ce qu’elle est aujourd’hui, c’est-à-dire chef-lieu de la wilayah, Béjaïa a traversé une histoire riche et mouvementée s’étalant sur près de trois millénaires. Elle a tantôt été florissante, tantôt décadente. De la préhistoire de la région, on ne connaît pas beucoup de choses. Ainsi, il semblerait, selon des recherches, que l’homme est apparu dans la région dès le néolithique (5000 ans avant notre ère).
Il y eut, au passage, quelques découvertes intéressantes : la découverte aux Aiguades de gisements puniques (outils primitifs, pièces de monnaies…), les ossements et objets dans une grotte au lieu dit Oued Ash-Sha’alâl. « Ash-Sha’alâl » signifie éclatant de lumière. En effet, il y avait dans ce lieu un oued qui coulait, en provenace de Gourayah, en plus de deux autres oueds : Acherchour et Imsiwen.
On enregistre aussi le gisement d’Aalou-bou-Rhummel. Ce lieu est situé dans la commune de Melbou. Le gisement d’Afalou s’ouvre sur une largeur de 22 m en direction Nord-Est et une profondeur d’environ 12 m. Plusieurs outils ont été retrouvés dans le gisement :galets en silex servant pour la chasse et la pêche, des bijoux en os et en pierre, de la poterie…
Les spécialistes associent l’Homo Sapiens de la région à l’industrie ibéromaurisienne. Cela lui a valu le nom de « Mechta Afalou ». Selon l’anthropologue Ginette Aumassip, l’homme d’Afalou était « robuste, de taille élevée, avec un crâne dolicho –ou mésocéphale’, face large basse ; les arcades sourcilières sont fortes, à glabelles saillantes. » (in …).
Les Phéniciens étaient avant tout des commerçants. Pour eux, Béjaïa n’était qu’une zone de passage vers les factories ou les comptoirs phéniciens dans l’Atlantique. Le besoin de repos et de relais poussa les Phéniciens à établir des comptoirs tout au long des côtes algériennes. Il existe un port punique au lieu dit « Azraruh » juste à quelques mètres d’Adrar-ou-Farnou. Ce lieu tient son appellation de « Azrar itsrûh » ; ce qui signifie « chute de pierres ». En effet, il ne reste plus rien de ce petit port punique, sinon une façade de 2 mètres. Les chutes de pierres et les vagues de la mer ont rongé tout ce qui restait du port. Au pic du mont qui surplomb le port, se trouve des murs en pierres. S’agirait-il des murs de la sentinelle punique ? Le lieu est inaccessible, et il nous a été difficile de vérifier notre hypothèse.
Après la chute de Carthage, les Romains y fondirent sous le nom de Saldae, une colonie qui devint très florissante, après l’avoir annexée à la Maurétanie en 33 avant notre ère. Des galères et des vaisseaux y apportèrent des produits de tous genres. De toutes les contrées affluaient les marchands.
En outre, de cette activité commerciale, naquit un mouvement religieux. Le Christianisme s’implanta dans la région, et Saldae devint le siège d’un échevêché assez important avant l’invasion vandale. Il y avait pas moins de 690 évêchés tout au long de l’Afrique du Nord.
Les Romains n’ont pas seulement voulu « civiliser » la population de Saldae, mais aussi la romaniser. Ils prônèrent une politique très dure à l’encontre de tous ceux qui vivaient « à la punique ». Ils forcèrent les gens à renier les cultes anciens puniques pour leurs divinités, telle que Saturnus Augustus. Ceux qui embrassaient la nouvelle religion se sont vus assimiler aux Romains qui ont vite fait de les romaniser. Ce qui a favorisé les mariages mixtes.
L’an 253 était défavorable pour Rome qui se noya dans des querelles intestines. Une révolte des Berbères éclata –profitant de ces querelles- en tuant tout Romain ou Berbère romanisé rencontrés sur leur chemin.
Saldae fut assiégée pendant des jours et des jours. Des soldats, en partie composés de Berbères romanisés, furent dépêchés de Rome (en plus de ceux qui étaient sur place) pour sauver Saldae. Une inscription latine trouvée en 1910 au cours de la construction d’une villa, rue « La Poudrière » (actuellement, Boualem Ouchène) justifie cet assaut.
L’inscription est dédicacée par les « juvenes » (c’est-à-dire des jeunes aptes pour l’armée) de Saldae au dieu du Triomphe Jupiter et aux Maures : « Il est bien certain que les ‘Juvenes’ de Saldae sont des Africains et leur patriotisme, après l’hommage rendu au dieu suprême de Rome, mentionne avec fierté le triomphe éclatant qui couvr de gloire leur nation. Pour être romanisés, comme l’indiquent certains de leurs noms et leur dédicace à Jupiter, ils restent fidèles à leur origine. Ils sont fiers d’attribuer à la race maure la gloire militaire qu’ils ont requise. » (L. Leschi, in Revue Africaine, N° 68, p. 405-406). [in L’Echo du Centre, du 10 au 16/ 01/ 1994]
Les Carthaginois y établirent des comptoirs commerciaux à l’endroit même du port occupé auparavant par les Phéniciens.
Après la chute de Carthage, ces comptoirs firent partie des colonies fondées par l’Empéreur Romain Auguste (colonie Augusta) et prirent le nom de Saldae où selon une inscription romaine « Julia Augusta Saldatium ». Elle connut une très grande activité commerciale. Ceux-ci construisirent des routes, des remparts et le célèbre aqueduc de Tihenaïne (Village d’Ifrène sur la route de Toudja). L’ingénieur Monius Dottus qui dirigea les travaux, en a gravé le récit sur l’une des fontaines sur la place face à la mairie de Béjaïa-ville.
Les Romains qui avaient un goût à part pour l’ésthétique, savaient que les contrées qu’ils envahissaient ne seraient complètement un paradis que lorsque l’eau était abondante. L’Afrique du Nord des Romains s’était dotée dde plusieurs canalisations et aqueducs. Saldae qui fut annexée à la Maurétanie après la défaite de Yougourtha, en 33 avant J.-C. par l’Empereur Auguste, connut une des réaliations des plus importantes dans le domaine de l’hydraulique. L’idée de la réalisation de l’aqueduc reliant Toudja à Saldae germa en 137. Elle fut proposée par l’ingénieur et militaire Nonius Datus de la Légion Auguste III. « L’armée fut l’instrument par excellence de la colonisation et de la domination. » (M. Kaddache, L’Algérie dans l’Antiquité. SNED 1982.)
L’idée vint, dit-on, car Saldae-ville était pauvre en eau, et les eaux en provenance du mont Gourayah étaient pleines de calcaire. L’aspiration, à une vie aisée dans une ville aussi charmante que Saldae ne se concevait point sans l’abondance de l’eau. C’est pour cela qu’en 148 (sous l’Empereur Antonin le Pieux), deux équipes de militaires commencèrent la galerie par les deux extrémités à la fois : l’une de Toudja et l’autre de Saldaue. Quand l’ouvrage était à moitié terminé, il s’avéra que les tracés étaient parallèles et que le travail devait être recommencé. Une inscription trouvée à Lambèse, et qui est maintenant exposée en face de l’ancienne mairie de la ville, nous parle de cette œuvre romaine. En voici un extrait qui parle de l’erreur du tracé : « …il m’apparut qu’on avait abandonné la ligne droite. Dans l’attaque du côté amont, on s’était porté à droite vers le midi, et dans l’attaque aval également à droite vers le nord. Les deux sections n’étant pas sur la même ligne ne se rejoignaient pas. Cependant, la ligne droite avait été piquetée par-dessus la montagne d’orient en occident. »
L’aqueduc était à une distance de 21 km à l’ouest de Saldae. Il a pour amont le mont Arghbalou d’où un tunnel de 458 fut percé. Puis , il partait de ‘Aïnser pour poursuivre l’itinéraire : massif de Breroudj- Hanaïat- Al-Habel- Si Meftah- Taourirt- Adhrar ou Farnou- Fort Clauzel- Sidi M’Hamed Amokrane.
La canalisation de cet aqueduc n’était pas faite en suiva,nt un tujnnel car des cols empêchaient le passage. Alors, des piliers ont été érigés pour passer la dénivellation comme fut le cas au col d’Hanaïat.
Notons que tous lespiliers n’ont pas les m^mes dimensions. Par exemples, ceux des extrémités représentent des sommets plus étroits que leurs bases. Par contre sur la déclive du col, des piliers de 15 m de hauteur, de 1,50 m à 2,10 m d’épaisseur rt faits de pierres à bossage, ont été élevés. Les constructions romaines étaient faites en briques et recouvertes de dalles de pierre. Des arcades, d’un pilier à un autre, ont été construites pour supporter le canal adducteur de l’aqueduc. Cet aqueduc se termine en haut de la ville d’où des canaux alimentaient des fontaines et citernes.
La plus importante citerne, selon J. Birebent, avait 29,60 m de long, 15,85 m de large et 15,50 m de profondeur et est équipée d’un escalier à l’intérieur. Actuellement, les ruines de l’aqueduc sont dans une décrépitude avancée. Des pierres sont extraites des piliers et nul n’ose protéger ses vestiges.
Le Ve. siècle de notre ère vit l’arrivée des Vandales, un peuple germain en partie salve (les Goths, les Visigoths, les Osthrogoths…). A partir de 429, la Saldae des Romains devint Gorraya, qui, à travers les siècles et par déformations, devint Gouraya, actuelle montagne dominant la ville de Béjaïa).
La syllabe Gorr signifie, chez les Germains, sommet ou hauteur, dans leur ancien dialecte. Et aya signifie la ville au pied de la montagne faisant face à la mer. C’est précisément ce que nous retrouvons près de Cherchell, la ville de Gouraya avec le fort, la montagne au pied de laquelle le ville fait face à la mer.
Les Vandales construisirent un poste d’observation sur le pic –un endroit stratégique dominant tout le golfe- à l’endroit du fort actuel. Ils ne purent se maintenir puisque les montagnards Berbères firent cause commune avec Belisaire (général Justinien). Gelimer qui était à leur tête fut battu et son royaume renversé, malgré un siècle de domination. Au milieu du XIe. siècle, les Hammadites, véritables maîtres de l’Algérie de cette époque-là, débordèrent même sur la Tunisie dont ils occupèrent les principales villas.
L’invasion des Hillaliens (Banoû Hilâl) et des Solemites porta un premier coup à leur puissance. Rappelons que ces derniers ont marqué l’histoire du Maghreb durant près d’un siècle. Les Berbères ne s’approprièrent la langue arabe et ne l’assimilèrent qu’à la faveur de l’implantation hillalienne.
Durant cette période de confusion, quelques grandes familles (Zenata, Ketama…) qui se rendirent maîtresses, tour à tour, des diverses régions de l’Afrique du Nord, réagirent sans cesse les unes contre les autres. Hammad, fils de Bologhine, petit-fils de Ziri de la tribu des Senhadjas, fondateur de la dynastie Hammadite et de la Kala’a à M’Sila en 1007, meurt en 1028. So fils Al-Qâïd lui succéda de 1028 à 1054. A sa mort, son fils Mohsin lui succéda. Neuf mois plus tard, il fut assassiné par son cousin Bologhine (deuxième du nom) qui gouverna de 1054 à 1063. A son tour, il fut assassiné par son cousin (frère de Mohsin) En-Nacer bnoû Alenas (1063-1089). C’est celui-ci qui fera de Béjaïa la capitale des Hammadites après M’Sila. Fuyant les invasions hillaliennes qui avaient commencé en 1049, il choisit Béjaïa pour sa position stratégique de défense et son doux hivernage. Il fit d’An-Nâciriah (de son prénom An-Nâcer), la nouvelle Saldae, une grande capitale, au niveau du Maghreb, une cité puissante de culture et de sa voir. An-Nâciriah se développa vite au point de compter plus de 100 000 habitants au XIIe. siècle pendant que les Hauts Plateaux devenaient le domaine des Hillaliens. La ville, sous l’impulsion de ce prince doué d’un génie créateur inégalable, ne tarda pas à devenir la capitale élégante et culturelle du Maghreb. Pour la protéger des incursions étrangères, Il construisit un mur d’enceinte. Au Sud-Ouest de la ville, du côté de la Casbah existait un quartier « Dar As-Sana’ah » d’Arsenal maritime-constructions de navires. De ce point partait un large môle qui contournait les assises de la Casbah, passait sous la ville pour arriver au Fort Abdelkader.
Ses rues, ses immenses édifices, ses enceintes, ses quais et ses collèges faisaient l’admiration de nombreux étrangers venus faire leur études ou enseigner, comme Léonard de Pise (venu aider son père qui travaillait au comptoir numide). Il y apprit les mathématiques et écrira le premier traité de mathématiques de l’Occident le « Liber Abaci » à son retour en Italie qui établira sa renommée, et c’est ainsi que le fils du marchand pisan allait permettre à la numérotation arabe d’entreprendre sa marche triomphale à travers l’Occident.
Tant d’autres hommes connus ou méconnus tels Ibn Khaldoun, le père de la Sociologie, qui cumula les fonctions de Chambellan (président du conseil de la cour), de professeur et d’imâm de la ville. Les Almohades Ibn Toumert, et Abdelmoumen qui réalisa pour la première fois, l’unification du Maghreb. Hacène Al-Ouzzânî Al-Fâssî, plus connu sous le nom de Léon l’Africain, géographe Musulman né à Grenade. Il y eut aussi Al-Houârî Mohammed bnoû ‘Omar qui y fit ses études.
[in L’Echo du Centre, du 17 au 23/ 01/ 1994]
Après les Hammadites, An-Nâciriah fut rattachée à l’empire almohade fondé par Al-Mahdî Ibn Toumert au début du XIIe. siècle. Il y prfessa quelque temps, mais rigoureuses critiques et son intransigeance irritèrent le roi, excitèrent la population et lui créèrent de tels problèmes qu’il fut obligé de quitter la capitale hammadite pour se refugier à Mellalah, petit village situé à 7 km de la ville où une tribu Béni-Ouriagoul, le prit sous sa ‘inâyah, protection. Devant un auditoire attentif, il continua à enseigner et à développer ses nouvelles théories caractérisées par le souci de ne recourir qu’aux sources, c’est-à-dire Al-Qor’ân et la Sounnah.
Le fondement essentiel de sa doctrine est l’affirmation de l’unicité de Dieu « At-Tawhîd » d’où le nom des adeptes « Al-Mouwahhidoûn » ou les Almohades. Son successeur, le calife Abdelmoumen, ce jeune étudiant, futur calif, vint à An-Nâciriah qui devint Bidjâyah (bienvenue à celui qui vient) pour parfaire ses connaissances.
La rencontre des deux hommes fut historique est féconde. A mellalah, ils organisèrent solidement la communauté almohade, et réussirent en peu de temps à bâtir ce grand empire almohade qui réalisa pour la première fois l’unification de tout le Maghreb.
Après les Almohades qui régnèrent sur la cité de 1152 à 1230, la ville va retrouver avec les Hafsides quelques éclats de son ancienne gloire et son importance économique. La situation de Bidjâyah et sa prospérité attirèrent égalemnt les convoitises des sultants abdelwadites de Tlemcen, ainsi que les Mérinides de Fès. Les tentatives de conquête des premiers restèrent sans succès, mais les seconds réussirent à s’en emparer en 1347 et à s’y maintenir jusqu’en 1361 au moment où les Hafsides reprirent la ville après la prise d’Oran par les Espagnols au début du XIVe. siècle.
Sous les Hafsides et les Mérinides, le sort de Bidjâyah fut régulièrement fréquenté par les Catalans, les Provinciaux et les Venitiens. Leurs marchands y possédaient des Fondouqs et venaient y acheter de la laine, de l’huile, des peaux, et surtout de la cire. Mais l’anarchie qui régnait alors dans le Maghreb Central, la mauvaise entente entre les Mérinides et les Hafsides, les querelles intestines plongeaient Bidjâyah et Tlemcen dans la désorganisation la plus totale. Les marchands fuyaient ces deux principautés gagnées par la décadence.
Tout l’intérieur du Maghreb est en proie aux désaccord, tandis que le littoral, la piraterie devint une véritable industrie qui a pour effet d’entretenir la longue résistance des Musulmans de Grenade. Aussi, dès que l’Espagne fut victorieuse de ces derniers, en 1492, songea-t-elle à punir les dynasties du Maghreb qui auraiient fait cause commune avec les Andalous. Le Cardinal Ximenes, archevêque de Tolède forma avec Don Diego de Cordoue le projet de s’emparer des plus importantes stations maritimes sur le littoral. C’était pour eux le plus sûr moyen de châtier et réprimer la piraterie qui désolait les côtes d’Espagne et d’Italie. Quatorze navires et 10 000 hommes firent voile vers Bidjâyah ou plutôt ce qui en restait vers 1509, après l’occupation d’Oran. Le Comte Pedro de Navarro entra dans la ville, plaça le Comte Don Alonso De Peralta comme gouverneur, embarqua les enfants en bas âges, les expédiait en Espagne pour les convertir au Christianisme, et donna l’ordre de commencer à bâtir le fort Moûssa sur les restes du palais hammadite (sur le plateau Amimoun, le fort et l’ancien hôpital). Bidjâyah devint Bogia.
Les populations de la région dressèrent des embuscades, leur but étant d’empêcher les nouveaux colonisateurs de progresser vers la vallée. Ils dépêchèrent quelques hommes à Alger pour demander aux Turcs qui entre-temps avaient repris le Penon à ses m^mes Espagnols. La ville déclina complètement, car cette occupation avait considérablement appauvrit la population et le commerce maritime qui fut la principale ressource s’asphyxiait totalement. Les frères Barberousse, ‘Arroûdj et Kheïredine, engagèrent des pourparlers avec le roi de Koukou, le Zaoui Belkadi et le prince de la Kala’a, Abassi ‘Abdelaziz, pour rassembler des forces capables de chasser les Espagnols qui exploitaient les rivalités entre les deux chefs Kabyles, ce qui retarda la chute de la ville d’un quart de siècle.
La Bahdjah des montagnards, la perle qui fut l’orgueil des princes Hammadites, triste et humiliée de son état de prisonnière de dégradait davantage, elle aspirait de toutes ses forces à la délivrance. Ce fut le nouveau Salah Raïs, appelé le Timonier du Sultan, aec les rudes montagnards du royaume de Koukou, toutes les populations berbères de la région en liesse prirent les armes, et avançant par la terre, la flotte turque par la mer, ainsi se faisait la jonction qui permettra de délivrer la ville.
Après 22 jours de siège, gouverneur et saa cour se rendirent, ils furent renvoyés en Espagne, Don Alonso de Perarta fut jugé et pendu sur une place de Valodolide pour avoir abdiqué. Les révélations de palais furent souvent difficiles à réprimer car toute la force des Turcs consistait dans leur marine. La ville de Bogia devint alors Bikayah sous ces derniers. Bikayah était alors gouvernée par un Agha investi par le Pacha et sous ses ordres, il y avait un Bou Loukbaghi et Kiamia. Ils avaient une garde de 60 hommes composant la Noubah (relève au tour de rôle). Celle-ci était repartie en garnison dans les forts, l’Agha avec 28 hommes à la Casbah, le Bouloukbaghi avec 16 hommes au fort Moûssa, et enfin le Kiahia avec 16 hommes au fort Abdelkader. Avec cette faible troupe, les Turcs n’ont d’influence que sur la ville qui relevait directement du Bey de Constantine. A la nouvelle de la prise d’Alger par les Français, les habitants de Bikayah chassèrent les soldats Turcs.
La flotte française arriva le 20 septembre 1833. L’expédition fut tenue secrète et trois ministres, individus de la ville furent conduits à Toulon comme guides militaires, moyennant des postes une fois la ville conquise. Organisée avec grand soin par le général Trezel et le vice-Amiral de Rosamée, elle fut mise sur pied à Toulon avec le concours de la marine emmenée par le capitaine de vaisseaux de Parceval et comprenait : une frégate de 60 canons, 6 corvettes de 32 et 34 canons, 18 bâtiments de commerce avec un corps de 2000 hommes, 2 bataillons du 59e. de ligne, 2 batteries d’artillerie de siège, 1 compagnie de sapeurs du génie et un important matériel.
Ce ne fut que vers le mois de mai 1837 que l’armée coloniale put conquérir toute la ville et la région, lespopulations défendirent chaque pouce de cette terre, et héroïquement jusqu’en 1962, d’Al-Mokranî, Fadhmah N’Soumer à Amirouche et les autres.
[in l’Echo du Centre, du 24 au 30/ 01/ 1994]
0/10 sur 0 vote
Sélectionnez une note dans le menu déroulant.Aucun commentaire
Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com
- Signaler un contenu illicite
- Voir d'autres sites dans la catégorie Général
Videos Droles
- Clips musique
- Cours création de site web