DÉDICACE
Avec ferveur je te dédie, ô Flandre, Ces vers Où ton passé scintille encor Comme un amas de braises d'or, Parmi les cendres. Ces vers Sombres ou clairs, Je les rimai jadis en des saisons jolies, Où l'existence était pour tous une embellie, Où l'on ne pouvait croire, où l'on ne croyait pas Qu'un jour pour te broyer sous son poids, l'Allemagne Ferait crouler sur toi l'innombrable montagne Et les masses successives de ses soldats. Hélas ! ô Flandre, à cette heure, tu n'as plus guère Comme lumière Que la lueur oblique et rouge de la guerre. Mortes sont tes cités et morts sont tes beffrois. Tu deviens -un pays de plus en plus étroit. Pourtant, plus on t-opprime et plus ta destinée Met à se maintenir une force acharnée. Rien ne peut ni plier ni casser ton vouloir, Si bien qu'en ces temps noirs Dût-on ronger encor, douce terre flamande, Ton sol étreint par le malheur, Tu resterais quand même et toujours assez grande Pour nous garder la place où te baiser le cœur ! Emile VERHAËREN 1er Octobre 1916 Dédié aussi à mon ami Jo qui, pendant quatre années, a été (est toujours) un excellent conseiller et guide. Il m’a fait découvrir la Flandre de son enfance; sans lui ce qui suivra n’aurait jamais pu se faire. VLAANDEREN Viens, ami, je te montre une terre Libre comme l’horizon clair, Azurée de briques et de beffrois Aux clochers des cantines d’antan. Nymphéa du Nord, la Flandre Dissout les palimpsestes tristes Et dicte des visages multicolores Reliées d’une dentelle légère et géométrique Et aux senteurs de tulipe acidulée Nuancées de cannelle. Introduction J’ai découvert la Flandre par une étrange coïncidence et l’ai adoptée par amour : la coïncidence qui nous fait découvrir des lieux sans préjugés et sans trop d’appréhension ni de préparation. Car, très souvent, nous sommes déçus par les lieux que nous trouvons contraires à l’image donnée par les guides touristiques, différents de nos attentes ; voire même du récit des voyageurs et des amis. Quant à l’amour, c’est celui qui fait que nous nous attachons très vite à un paysage, une venelle, une senteur, une lumière… Ce qui fait qu’un endroit nous plaît, c’est que nous nous sentons en communion avec lui ; que nous nous disons : c’est là que je voudrais vivre ou tout simplement, je me sens bien et j’aimerais y revenir un jour ou souvent. Car pour être heureux dans un lieu, il ne suffit pas d’y vivre mais de savoir y être ou y retourner. Cet état de bonheur agrémente le séjour, et ajoute beauté sur beauté, sans surcharge, aux lieux visités. La Flandre1 est l’une des trois régions (en plus de la Wallonie et de Bruxelles) de l’état de Belgique ; et ce, suite à la réforme constitutionnelle de 1993, exécutée en 1995. Ainsi la Belgique comprend la Région flamande qui englobe 5 provinces : Anvers (Antwerpen), le Brabant flamand (Vlaams Brabant), la Flandre-Occidentale (West-Vlaanderen), la Flandre-Orientale (Oost-Vlaanderen), et le Limbourg (Limburg) ; la Région de Bruxelles-Capitale ; la Région wallonne (les provinces du Brabant wallon, du Hainaut, de Luxembourg, de Namur et de Liège). La région de Bruxelles-Capitale est un sujet de controverse entre les Flamands et les Wallons puisque les deux parties revendiquent la Capitale. Nous ne nous engagerons pas dans ce genre de polémique étant donné que ce n’est pas notre sujet. La Flandre, hors Bruxelles, occupe 40 % du territoire belge avec 13 512 km2, et les Flamands sont majoritaires avec 58 % de la population du pays. La Flandre belge a été, tour à tour, colonisée, asservie par un chapelet d’envahisseurs : les Celtes (VIIe s. av. J.-C.), les Germains (Francs, Saxons, Frisons) (milieu du IIIe s.), les Francs (Ve s.), les Bourguignons (XVe s.), les Anglais au XIIe siècle, les Espagnols (XVIe et XVIIe s.), les Autrichiens (XVIIIe s.), les Français avec Louis XIV (XVIIe s.), les Hollandais (XIXe s.) et les Allemands (XXe s.). La Flandre se réunifie pour créer le royaume de Belgique en 1831. Depuis 1988, elle devient une des trois fédérations autonomes (en plus de la Wallonie et Bruxelles). La FLANDRE, ou plutôt les Flandres (si on traduit correctement le mot néerlandais vlaanderen)! Pays vert, pays des polders, pays plat ou plat pays comme chanté par les bardes. Un plat pays ponctué de la mer, de monticules, de dunes, de briques rubriques, de beffrois, de fleurs, de dentelles, « de grandes prairies bien vertes, de frais enclos de houblon, des rivières étroites coulant à plein bords »2, de fêtes, de kermesses et de carnavals… En ce qui concerne le houblon, la matière première de la confection de la bière en Flandre, c’est la région de Poperinge qui détient la palme avec plus de 80 % de la production. La cuisine flamande (et par extension belge !) est non seulement connue pour sa qualité mais aussi pour sa quantité. En effet, en regardant le menu, le touriste-client croit qu’en fonction des prix affichés, les portions de leurs assiettes seront toutes petites ; mais ce qu’il ne sait pas, c’est que les restaurants ne lésinent pas sur la quantité. Ici, les frites sont passées deux fois dans la friture pour qu’elles soient bien croquantes à l’extérieur et fondantes à l’intérieur. Les soupes sont reines, les moules, les croquettes de crevettes, les rollmops de hareng, les soles ostendaise, le chicon (l’or blanc de la Belgique), le waterzoi gantois, la carbonnade, le chocolat (dit ici, pralines) est sans doute le meilleur du monde ; les pistolets –l’une des dizaines sortes de pain, les gâteaux aux senteurs de cannelle (spéculoos, couques, et autres), d’amandes, de lait caillé (mattentaart)… Et « Le beurre de la région A un goût de coquelicot »3 Il est vrai que la Belgique est un petit pays mais il est grand par sa diversité de langues, de cultures et de paysages. On trouvera la mer, les lacs, les rivières, les canaux, les bois, les montagnes, les polders… En quelques minutes, on passe des collines aux polders, du plat pays, à la mer, à la belle étendue ponctuée de belles briques ! Il y a ces belles maisons qui nous content l’art et l’architecture ; ces belles terrasses de café où l’on vous sert le moins cher café au monde accompagné d’un spéculos, d’un chocolat et/ou d’une chantilly, de lait ; ces musées attrayants où l’on apprend le passé ; ces boutiques artisanales où l’on voit travailler sous nos yeux un chocolatier, un pâtissier, un boulanger, et j’en passe. Ah, je ne dois pas oublier ce friturier, ce préparateur de moules et ce gaufrier qui titillent nos papilles. Car en Flandre, il est toujours l’heure de manger ou comme dit un ami Flamand, « de prendre quelque chose dans les mains » ; c’est-à-dire manger sur le pouce. On ne peut parler des Flamands sans mentionner les blagues, les calembredaines et les sobriquets qui se tissent autour d’eux et dont ils sont taxés. Nous n’allons pas en faire un inventaire ni raconter quelques blagues ici puisque ce n’est pas notre propos. Cependant, nous dirons que ce phénomène de blagues remonte à très loin dans le temps. Les Wallons, les Français et les Hollandais avaient tant exercé leurs zygomas. Jacques Brel lui-même, même s’il avait, dit-on, ses raisons, les raillait, taquinait et usait jusqu’à des propos racistes ; il disait que les Flamands « éructent/ aboient en flamand » et « pissent dans les deux langues ». Dans les « Les Flamingants », il chantait : Messieurs les Flamingants, j’ai deux mots à vous dire Il y a trop longtemps que vous me faites rire A vous souffler dans le cul pour devenir autobus Vous voilà acrobates, mais vraiment rien de plus Nazis durant les guerres et catholiques entre elles Vous oscillez sans cesse du fusil au missel Vos regards sont lointains, votre humour est exsangue Bien qu’il y ait des rues à Gand qui pissent dans les deux langues Tu vois, quand je pense à vous, j’aime que rien ne se perde Messieurs les Flamingants, je vous emmerde. Vous salissez la Flandre, mais la Flandre vous juge Voyez la mer du Nord, elle s’est enfuie de Bruges Cessez de me gonfler mes vieilles roubignoles Avec votre art flamand italo-espagnol Vous êtes tellement trop lourds Que quand les soirs d’orage des Chinois cultivés Me demandent d’où je suis je réponds fatigué Et les larmes aux dents « Ik ben van Luxembourg » Et si aux jeunes femmes on ose un chant flamand Elles s’envolent en rêvant aux oiseaux roses et blancs.1 Quant aux Français, ils les appelaient les Flandrins, c’est-à-dire de grands gens mous ; ou aussi les Flahutes parce que les Flamands venaient travailler en France et apporter avec eux leur nourriture de la journée pour ne rien dépenser en France. On les disait individualistes, avares comme les Hollandais, lourds, pas assez intelligents, grincheux… Mais les Flamands ont leurs défauts et leurs qualités ! Quoiqu’individualiste, le Flamand aime faire de nouvelles connaissances. C’est un bon globe-trotter et un parfait polyglotte. Il aime la bonne table, surtout en famille ou avec des amis. Selon un récent sondage, le Flamand dépense beaucoup plus lorsqu’il fait la fête en famille ou entre amis. Il est connu pour boire beaucoup de bière grâce à quelque quatre cent différentes bières produites en Flandre. Mais selon le service Statistique et Information Economique du Service Public Fédéral, la consommation de la bière a légèrement baissé, avec 92,5 litres en 2005, et ce, en faveur de l’eau (136,1 litres), du café (124,9 l) et de boissons rafraîchissantes (120,2 l) Le Flamand aime faire du vélo et autres sports ; normal lorsqu’on sait qu’il existe 1200 kilomètres de pistes cyclables en Flandre et 3000 kilomètres de sentiers pédestres. Ce réseau s’appelle le « Grote Routenpaden ». « Dans les communes flamandes, dit Guy Duplat, chaque habitant consacre par an, 134 euros à la culture et aux sports alors que les communes wallonnes n’y consacrent que 88 euros, soit 65 pc seulement des subsides flamands. »3 En fin, le Flamand prend religieusement soin de sa voiture et de sa maison. On dit qu’il est né avec une brique dans le ventre ; mais on oublie de préciser qu’il est aussi né avec un chiffon et une tondeuse dans les mains. Car le Flamand passe des heures entières à s’occuper de son jardin ; et la maison flamande est propre, très propre, très bien rangées et justement bien décorée. Le Flamand sait qu’il ne fait bon vivre que chez…Lui. Dans une lettre, datée du 17 août, à sa femme Adèle, Victor Hugo écrit : « Quant à la propreté flamande, voici ce que c’est : toute la journée, toutes les habitantes, servantes et maîtresses, duègnes et jeunes filles, sont occupées à nettoyer les habitations. »4 Oui, le Flamand est tellement propre, dit l’humour français, qu’il dit toilette (au singulier) au lieu de toilettes, parce qu’il n’a pas besoin d’en faire plusieurs. La Flandre actuel est fière de ses « Bekende Vlamingen », ses enfants qui l’honorent et qui sont ses ambassadeurs à l’étranger. En effet, on compte des dizaines et des dizaines de personnalités connues dans le monde entier, qu’elles soient sportives, écrivains, cinéastes, grands cuisiniers, stylistes, etc. citons à titre d’exemple, les deux athlètes qui récemment au Championnats d’Europe de Göteborg (2006) ont fait sensations ; l’une Tia Hellebaut championne d’Europe du saut en hauteur grâce à un bond à 2,03 m ; l’autre Kim Gevaert, championne d’Europe du doublé : le 200 m en 22.68 s, et le 100 m. Il faut dire que la Flandre est riche de ses sportifs car on peut ajouter à la liste ci-dessus, une nouvelle génération tels Kim Clijsters (tennis), Tom Boonen (Cyclisme), Stefan Everts (Motocross)… Bien-sûr on n’oublie pas Jean-Marie Pfaff et Edyy Merckx, et les autres ! A signaler aussi Geert van Istandael et Hugo Claus ; non ils ne sont pas sportifs mais écrivains d’un talent certain et confirmé. Et du côté du cinéma, saluons le réalisateur de l’excellent film « De Zaak Alzheimer » d’Erik van Looy (2003) dont le rôle principal a été joué par l’excellentissime Jan Decleir. Pour terminer, un phénomène qui eut lieu à la fin du XIIe et début du XIIIe siècle, mérite d’être signalé pour sa beauté et son importance à cette époque-là. Il s’agit du mouvement des béguines. En effet, à cette époque, des femmes esseulées, pour la plupart veuves, décident d’organiser une sorte de communauté religieuse retirée dans des lieux protégés appelés béguinages. Il est dit que les noms de « béguinage, béguine » viennent du fondateur même de ce genre de mode de vie, en l’occurrence Lambert le Bègue de Liège qui fonda le premier béguinage en 1173. Mais des sources sérieuses rejettent cette hypothèse et disent que ces mots viennent plutôt de beghina qui signifie « bégayer, marmonner ». Ce terme a été utilisé pour la première fois dans un ouvrage de Caesarius von Heisterbach Dialogus miraculorum, en 1225. Il viendrait aussi de « beggaert », c’est-à-dire mendiant en néerlandais ; ou de « bège », une bure de mauvaise laine dont se vêtent les béguines avec leur « béguin » (petit bonnet attaché sous le menton et qui leur fait comme des œillères5) sur la tête. Pour survivre, les béguines soignaient les malades, donnaient des cours aux enfants et effectuaient des travaux d’aiguille pour la dentelles, par exemple. Très vite, des béguinages fleurissent à Aarschot, Anvers, Bruges, Courtrai, Diest, Gand, Hasselt, Lierre, Louvain, Malines, Saint-Trond, Termonde, Tongres, Turnhout, etc. De nos jours, sur les 90 béguinages existants par le passé, dans toute la Belgique, il n’en reste que 26 ; et les béguines ne sont qu’un vague souvenir… La Belgique en quelques chiffres
Capitale Bruxelles Régime monarchie constitutionnelle et parlementaire. Population 10 511 382 habitants : en gros 6 millions de Flamands et 4 millions de Wallons. Indépendance 4 octobre 1830 : séparation des Pays-Bas. Espérance de vie 78 ans (Femmes 82 Hommes 76) PIB par habitant $ 23 750 (2002) Langues officielles Néerlandais, Français, Allemand. Fête nationale Le 21 juillet (en souvenir du sermon de Leopold II, en 1831, sur la constitution) Religion principale Catholicisme. Point culminant 694 m Signal de Botrange (Wallonie), Fourons 287,5m (Flandre) Cours d’eau importants Meuse, Démer, Geer, Dommel. Divisions administratives 3 régions : Bruxelles-Capitale, la Région flamande et la Région wallonne.

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2 Victor HUGO, Œuvres Complètes, Voyages, « France et Belgique », Robert Laffont, Paris, 1987, p. 608
3 Hugo Claus (1929), « In Flanders Fields », in Littérature en Flandre, 33 auteurs contemporains, « Escales du Nord », Le Castor Astral, 2003, p.41.
4 Les Marquises, Barclay, 1977.
5 In « L’Echo », mis en ligne le 17/08/2006.
6 Guy Duplat, « Les communes investissent trop peu dans la culture! », article paru dans « La Libre Belgique 2006 » Mis en ligne le 27/07/2006.
7 Victor HUGO, Œuvres Complètes, Voyages, « France et Belgique », Robert Laffont, Paris, 1987, p. 608
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