QU’EST-CE QUE LA RELIGION ?
La linguistique démystifie le sens donné par les auteurs chrétiens (Lactance, Tertullien, Saint Augustin). Le mot ne vient pas de religare, il n’indique pas le lien privilégié qui relierait l’homme à Dieu et les infidèles entre eux. Serait-il dérivé de religere (recueillir), comme le pensait Cicéron ? (René Sitterlin, La Religion, Quintette 1995, p. 5)
Religion : grecs : therapia (thérapie) c-à-d, « soin accordé aux autels, entretien des lieux et des ministres du culte. » (p.1) Dans les langues latines et germaniques l’on utilise le mot « religion » qui dérive du latin « religio » (issu du verbe relegere : recueillir), qui signifiait « scrupule », crainte pieuse, sentiment de respect à l’égard du sacré… mais les auteurs Chrétiens ont fait dériver religio de religare (relier). Et les deux sens se rejoignent souvent car la religion recueille des traditions et relie des hommes. » (UNE AUTRE HISTOIRE DES RELIGIONS, T1, L’héritage des religions premières. Odon Vallet, Découvertes Gallimard 1999, p.1)
LE CHRISTIANISME :
Le Christianisme en Afrique du Nord vit le jour au 1er. siècle de l’ère chrétienne, mais ne prit de l’extension qu’au 2e. siècle.
Les Romains persécutèrent les premiers Berbères convertis car ils voyaient là une opposition à l’Empire. Plusieurs d’entre eux furent tués, et quand ils échappaient à la décapitation, les convertis étaient d’ardents défenseurs du Christianisme.
« Parmi les grands défenseurs du christianisme en Afrique du Nord, il convient de citer Tertullien. Né à Carthage au milieu du 2e.siècle, il devint avocat fougueux et talentueux. Devenu Chrétien, il mit tout son art et sa force au service de sa religion. Il combattit les hérétiques, mais il devint lui même hérétique en embrassant les idées montanistes, une secte rigoriste qui prônait, contre l’Église officielle, un retour à l’enseignement de Jésus-Christ. Il s’opposa avec rigueur au paganisme des Berbères. Il interdit aux Chrétiens certains métiers, comme celui d’acteur, et s’éleva contre le service militaire qui comportait de nombreuses cérémonies païennes.
Cet Africain fut le premier écrivain Chrétien de langue latine. Son livre le plus connu est l’Apologétique où il démontre la supériorité du christianisme sur le Paganisme . » (M.A. HADDADOU, Guide de la Culture et de la Langue Berbères, ENAL et ENAP 1994, page 47)
En 313, Constantin le Grand promulgua un édit de tolérance en faveur des Chrétiens, cessant ainsi leur persécution. Plus tard, Constantin se convertit au Christianisme ainsi que sa famille.
Très tôt un schisme religieux de la part des Berbères arriva à cause des compromissions de l’Église officielle.
« A l’origine du schisme donatiste, il y a le refus des prélats Numides de reconnaître l’autorité de l’évêque de Carthage, Cécilien, qui s’était compromis avec le pouvoir au cours de la persécution ordonnée par l’Empereur Dioclétien. Donat fut nommé à sa place, mais Cécilien obtint le soutien des Synodes de Rome (313) et d’Arles (314), puis de l’Empereur Constantin. Donat fut chassé de son siège, et il fut déclaré, ainsi que ses partisans, hors la loi. Après avoir cherché vainement à les rallier, les évêques orthodoxes, comme Saint Augustin, leur déclarèrent la guerre. Le schisme donatiste gagna toute l’Afrique du Nord, indignée par l’oppression. La répression fut implacable :les églises donatistes étaient brûlées, les terres et les biens des fidèles confisqués. Mais les exactions finirent par susciter une révolte populaire d’une grande ampleur, comme sous le nom de révolte des circoncellions, c’est-à-dire des paysans opprimés et dépouillés par les Romains. » (M.A. HADDADOU, Guide de la Culture et de la Langue Berbères, ENAL et ENAP 1994, pages 47-8)
Les Donatistes rejoignirent les rangs des circoncellions ; ,ais les Romains, soutenus par l’Église officielle et appelés à la rescousse par Saint Augustin, eurent le dessus sur la rébellion.
En 430, les Vandales assiégèrent Hippone, et Saint Augustin mourut dans la même année. Avec les nouveaux conquérants, il n’était plus question de maintenir l’ordre grâce à l’État, étant donné que les Vandales avec leur arianisme s’opposèrent au Christianisme des Berbères.
Exacerbée, l’Église dut crier au secours à l’Empereur Justinien de Byzance qui, en 533, réussit à éliminer les Vandales de l’Afrique du Nord. Ainsi le Christianisme revivifia sans qu’il ait un réel impact sur les Berbères des zones montagneuses qui restèrent pratiquement sourds à cette religion.
Puis vint la conquête musulmane qui, au début a eu beaucoup de mal à s’y planter parmi les Berbères. Cela est du, disent quelques sources, à la brutalité des Arabes qui auraient voulu forcer les Berbères à se convertir à l’Islam.
Mais nous savons que l’Islam, qui signifie « la religion de la paix », ne força rien sur son passage. Au contraire, ses principes égalitaires, la simplicité culturelles et la miséricorde des musulmans firent que nombre de Berbères embrassèrent l’Islam.
. Dans ses notes, G. Lebon, pages 92-3, il dit : « Sur la tolérance des mahométans (musulmans) pour les Juifs et les Chrétiens : Nous avons vu par le passage du Coran (…) que Mahomet (Mohammed) montre une tolérance excessive et bien rare chez les fondateurs de la religion pour les cultes qui avaient précédé le sien, le judaïsme et le christianisme notamment et nous verrons plus loin à quel point ses prescriptions à cet égard ont été observées par ses successeurs. Cette tolérance a été reconnue par les rares écrivains sceptiques ou croyants, qui ont eu occasion d’étudier sérieusement de près l'histoire des Arabes. Les citations suivantes que j'emprunte à plusieurs d'entre eux montreront que l’opinion que nous professons sur ce point ne nous est nullement personnelle :
« Les musulmans sont les seuls enthousiastes qui aient uni l’esprit de tolérance avec le zèle de prosélytisme, et sui, en prenant les armes, pour propager la doctrine de rester attachés aux principes de leur culte. »(Robertson, Histoire de Charles-Quint)
« Le Coran, qui commande de combattre la religion par l'épée, est tolérant pour les religieux. Il a exempté de l’impôt les patriarches, les moines et leurs serviteurs. Mahomet défendit spécialement ses lieutenants de tuer les moines, parce que ce sont des hommes de prière. Quand Omar s'empara de Jérusalem, il ne fit aucun mal aux chrétiens. Quand les croisés se rendirent maîtres de la ville sainte, ils massacrèrent sans pitié les musulmans et brûlèrent les juifs. » (Michaud, Histoire des Croisades)…/…
…/…Il est triste pour les nations chrétiennes que la tolérance, qui est la grande loi de charité de peuple à peuple, leur ait été enseigné par les musulmans. C’est un acte de religion que de respecter la croyance d’autrui et de ne pas employer la violence pour imposer une croyance. » (L’Abbé Michou, Voyage religieux en Orient)
Les Berbères qui voulait garder leur religion devaient payer un impôt pour être considérer « Dhimmîs », c’est-à-dire payer l’impôt de la capitation ou al-djizyah et être protéger par les Musulmans. Par contre plusieurs des Berbères s’islamisèrent et « leur nombre devint si important qu’en 711, Târiq Ibn Ziyâd réunit pour son expédition en Espagne une armée presque uniquement de Berbères. » (M.A. HADDADOU, Guide de la Culture et de la Langue Berbères, ENAL et ENAP 1994, page 49)
Les Dhimmîs finirent par se convertir à l’Islam soit par conviction soit par hypocrisie et pour éviter de payer al-djizyah.
L’apparition de Kharidjisme eut des adeptes parmi les Berbères surtout au Mzab sous sa forme ‘Ibadite. Les deux autres tendances kharidjites (les Azraqites et les Sofrites) furent matés par les Arabes.
Au 9e.siècle, une confédération de tribus berbères du nom de Berghwatah érigea un royaume hérétique dans l’Ouest du Maroc, précisément entre Salé et Azemmoun. Leur Aguellid (roi) était Ta’rîf Aboû Sâlih. Celui-ci désigna un porteur d’eau du nom Maysarah pour mener une insurrection contre les conquérants Arabes à cause, dit-on, des mauvais traitements des Arabes envers les Berbères.
En réalité, les Berghwatah étaient des Sofrites, c’est-à-dire l’une des trois branches les plus extrémistes du Kharidjisme. L’hérésie des Berghwatah commença avec le petit-fils d’Aboû Sâlih, Yoûnes, qui proclama que le verset 4 de la sourate 66 désignait son père. Il prétendit la prophétie et dit qu’il avait reçu la révélation d’un « qor’ân » berbère composé de 80 sourates portant des noms tels :Jonas, Saül, le coq, la perdrix….
Yoûnes institua 10 prières :5 le jour et 5 la nuit ? Le jeûne n’était pas durant le mois de Ramadhân, mais au mois de Radjab. En outre, il légalisa la magie et interdit beaucoup d’aliments licites (œufs, coq…)
Selon Al-Bakri, le « qor’ân » de Yoûnes n’était qu’une traduction altérée du vrai Qor’ân. Il dit que le nom berbère d’Allah est Yakuc. Il est dit que ce nom dérive de Bacchus et de Jésus. Si on écrit le nom Bacchus بكوسen arabe et sans point diacritique ــكوس, il serait possible qu’il s’agisse de Bacchus. « Faut-il voir, dit A. de C. Motylinski, dans cette appellation qu’un qualificatif berbère archaïque exprimant l’idée d’existence, de providence, d’unité, de magnificence ou de force ? Doit-on y chercher la trace d’u culte antérieur à l’Islam ?
Il ne me paraît pas que la question puisse pour l’instant être scientifiquement résolue. Sans doute, en ne s’attachant qu’aux consonances, on est tenté de rapprocher le mot de laou, Ichoua, Hyès, Zeus ou los, de louh ou loukhs, vieux noms du Soleil, ou même de l’identifier à lacchas, dieu de la fécondité terrestre, principe producteur de la pluie. » (Cité in :M.A. HADDADOU, Guide de la Culture et de la Langue Berbères, ENAL et ENAP 1994, page 63)
Cette hérésie durera 4 quatre long siècles avant que les Almohades viennent à bout des Berghwatah au 13e.siècle.
Enfin disant que « l’orthodoxie finit par s’imposer parmi eux (Berbères). Les Berbères, comme l’écrasante majorité des Musulmans dans le monde, sont sunnites, et se considèrent comme les héritiers de la tradition du Prophète. Leur rite relève également d’une école orthodoxe, l’école malékite… » (M.A. HADDADOU, Guide de la Culture et de la Langue Berbères, ENAL et ENAP 1994, page 52)
Chez les Berbères, tout objet trouvé dans la nature, telles les montagnes, les grottes ou les pierres qui ont une forme suggestive sont l’objet d’un culte. Ces objets sont dits sacrés car ils renferment quelque esprit divin. On notera que par le passé, des religieux, païens ou Chrétiens, voire même Musulmans, choisirent des lieux très hauts, par exemple, pour se faire entendre par Dieu.
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