LE VOYAGEUR 1ere partie

LE VOYAGEUR

 

 

La route est longue

La route reste à mesurer

Sous l’incise de l’oiseau

Terrestre

Aux pattes embourbées.

 

Non, je n’ai pas le droit

Au repos, à la fusion,

A l’effusion de ma peau

Je ne suis qu’un voyageur

Les matins obombrent les soirs

Les soirs bombardent les matins

Je dois m’en aller retrouver mes pas

Sous l’égide des migrations temporelles

Et de la transhumance de la mémoire.

 

Voici une gare

Mais je n’attends nulle voiture

Mes os supportent l’égarement

Des paysages d’autrefois

Car pour aller vers demain,

La porte d’hier s’impose.

 

Les vigiles barbelés

Dénoueront mon mendil

Pour goûter au secret

De ma galette

Et du palimpseste de mes jours

                              -qu’ils me reprocheront d’ailleurs

                               car, disent-ils, il faut se méfier

                               du voyageur sans bagage !

 

 

dans cette ville où l’on faisait ses

ablutions avant d’entrer,

on ressortait les mains sales.

 

Dans la plaine, les épis se prosternaient

Maintenant le béton s’érige

Laid

Il se macère

Dans le blasphème.

 

Ils me demandent le pourquoi

De mon départ.

L’étreinte des jours, dis-je…

Un égaré, donc, tu es

Celui qui se dérobe à la terre

Celui qui vend sa terre

A l’étranger.

 

Comment vendrais-je cette terre

Puisque je ne l’ai jamais possédée ?

Je l’ai foulée

Je l’ai nourrie de mes larmes

Je l’ai couvée de mon corps.

 

Cette terre de mes ancêtres

Nous a été prise

                  Reprise

Nous étions ses vicaires

Nous étions ses esclaves

Mais oh on jamais nous l’avions

                                      Possédée.

Cette terre m’a éructé

Comme elle vomit les os des absents.

Cette terre anthropophage

Qui croque les os de ses fils…

 

Pourquoi tant de questions

Après tout cela ?

 

Les vigiles barbelés

Dénouent mon mendil

Croquent ma galette

La terre vient de reprendre ce qu’elle m’avait donné.

 

Je ne suis qu’un voyageur

Je n’ai pas le droit à la rancune ;

Elle est une herbe amère et parasitaire !

 

J’ai le souvenir maternel

D’une main jetant l’eau derrière

Moi

« Va comme l’eau

                  et

                              reviens comme l’eau. »

Mais le sable dans l’eau

Etrangle

La clepsydre trotteuse.

 

Dans ces contrées,

La clepsydre devient sablier

L’eau devient sable

La salive, morve.

 

Me laissera-t-on

Aller sur la distance éternelle

Après ce réquisitoire

                                mi-erg

                                mi-reg ?

 

Je regarde les maisons squelettiques

Au loin,

Et mes vigiles barbelés

mi-faux,

mi-squelette zombie.

Me somment de partir

Me donnant un coup sur mon dos

Comme une bête de somme.

 

Peu importe la blessure

Lorsqu’on est sûr de notre rêve !

 

Je reviendrai un jour ranger vos faux,

Je reviendrai un jour ronger vos fonds !

 

Aller,

J’ai tout mon temps,

Et je suis pressé sur la route

De l’opuntia

Entre erg et reg

Ma nef doit avancer

Avec un peu de nerf et de nif

Je parviendrai

Car je suis un voyageur

Du temps opalin.

 

Les saisons dégorgent sans jouissance

                                    Sans saveur

Dans ce pays…

 

Je dois rattraper le retard

de la nuit

je n’ai pas de gares

je n’ai pas de repos.

 

Je parcelle

Ma galette rassise

A la sueur de mes os.

 

Je dois survivre

Pour vivre.

Mes sandales sentent déjà

Le santal d’aubes claires

Mais la route est encore

                                        Longue,

Langue permise enfin dans mes soliloques sahariens

Je ravive mes ancêtres

Dans des alphabets

Que je doigte dans les cendres.

 

Je couvre le feu

Et rouvre ma route

Demain reste à faire…

 

Je sais que l’on dit

Que je suis fragile comme les jours à venir.

Or, on ignore que je ne suis qu’un voyageur

Dont les ailes sont mutilées

Et qui s’arrête à toutes les gares

Pour boire de mes yeux

Ces rails tentaculaires

Et dormir dans la caresse des départs.

Mais qu’importe les départs :

          Au son du sifflet du Temps

          Tous se ressemblent !

 

Je ne suis qu’un voyageur

Que le velours des montagnes

Et la mer lascive abandonnent

Dans un défilement voilé et furtif.

 

Non, je ne veux pas être rude.

Je n’appelle pas être forgé

Le fait de vivre parmi les puanteurs

Des mots et les exactions du hasard.

Car le hasard n’existe pas ;

Même les miracles n’existent pas.

Je sais de quoi je parle

Moi qui ne suis qu’un voyageur.

 

Je sais que l’on dit

Que je suis rude

Puisque je viens de briser des croyances.

Je vois déjà

Comment ils fendent ma voie

Et déserte mes yeux.

 

Je ne sens plus mes pieds…

Non, je ne vais pas me reposer.

Je ne suis qu’un voyageur

Non pas une épitaphe

Sur le front de la Vie.

Allez-y, partez, vous qui m’avez accompagné

Jusqu’ici,

Au questionnement de mon voyage.

Vous pouvez vous en aller ;

La nuit tombe, et on vous attend.

Moi, je ne suis qu’un voyageur

Et personne ne m’attend

Ou peut-être :

Des visages sans regard

 

Parmi les ombres bouillonnantes

De mirages lointains

Toujours au-devant des ballasts

Qui s’ouvrent sur ma peau.

Il y a aussi cet ailleurs

Que j’élève dans ma mémoire

Pour ne point mourir de chagrin

Et que je salue de mon orgueil,

De mon rêve et de mon désir.

 

Je ne suis qu’un voyageur

Comme une rivière qui se donne

A l’ambition de la mer.

Je veux renier ce voyage

Car je ne comprends pas

Les errances de mes yeux

Et les promesses de la Solitude.

 

à suivre

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Commentaire (1)

1. hassi Le 20/04/2006 à 18:59

beaux vers qui nous transportent dans un autre monde..même imaginaire...mais où on peut se sentir, ne serait-ce qu'un moment, apaisé ! merci
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Dernière mise à jour de cette page le 25/09/2009
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