LE VOYAGEUR
La route est longue
La route reste à mesurer
Sous l’incise de l’oiseau
Terrestre
Aux pattes embourbées.
Non, je n’ai pas le droit
Au repos, à la fusion,
A l’effusion de ma peau
Je ne suis qu’un voyageur
Les matins obombrent les soirs
Les soirs bombardent les matins
Je dois m’en aller retrouver mes pas
Sous l’égide des migrations temporelles
Et de la transhumance de la mémoire.
Voici une gare
Mais je n’attends nulle voiture
Mes os supportent l’égarement
Des paysages d’autrefois
Car pour aller vers demain,
La porte d’hier s’impose.
Les vigiles barbelés
Dénoueront mon mendil
Pour goûter au secret
De ma galette
Et du palimpseste de mes jours
-qu’ils me reprocheront d’ailleurs
car, disent-ils, il faut se méfier
du voyageur sans bagage !
dans cette ville où l’on faisait ses
ablutions avant d’entrer,
on ressortait les mains sales.
Dans la plaine, les épis se prosternaient
Maintenant le béton s’érige
Laid
Il se macère
Dans le blasphème.
Ils me demandent le pourquoi
De mon départ.
L’étreinte des jours, dis-je…
Un égaré, donc, tu es
Celui qui se dérobe à la terre
Celui qui vend sa terre
A l’étranger.
Comment vendrais-je cette terre
Puisque je ne l’ai jamais possédée ?
Je l’ai foulée
Je l’ai nourrie de mes larmes
Je l’ai couvée de mon corps.
Cette terre de mes ancêtres
Nous a été prise
Reprise
Nous étions ses vicaires
Nous étions ses esclaves
Mais oh on jamais nous l’avions
Possédée.
Cette terre m’a éructé
Comme elle vomit les os des absents.
Cette terre anthropophage
Qui croque les os de ses fils…
Pourquoi tant de questions
Après tout cela ?
Les vigiles barbelés
Dénouent mon mendil
Croquent ma galette
La terre vient de reprendre ce qu’elle m’avait donné.
Je ne suis qu’un voyageur
Je n’ai pas le droit à la rancune ;
Elle est une herbe amère et parasitaire !
J’ai le souvenir maternel
D’une main jetant l’eau derrière
Moi
« Va comme l’eau
et
reviens comme l’eau. »
Mais le sable dans l’eau
Etrangle
La clepsydre trotteuse.
Dans ces contrées,
La clepsydre devient sablier
L’eau devient sable
La salive, morve.
Me laissera-t-on
Aller sur la distance éternelle
Après ce réquisitoire
mi-erg
mi-reg ?
Je regarde les maisons squelettiques
Au loin,
Et mes vigiles barbelés
mi-faux,
mi-squelette zombie.
Me somment de partir
Me donnant un coup sur mon dos
Comme une bête de somme.
Peu importe la blessure
Lorsqu’on est sûr de notre rêve !
Je reviendrai un jour ranger vos faux,
Je reviendrai un jour ronger vos fonds !
Aller,
J’ai tout mon temps,
Et je suis pressé sur la route
De l’opuntia
Entre erg et reg
Ma nef doit avancer
Avec un peu de nerf et de nif
Je parviendrai
Car je suis un voyageur
Du temps opalin.
Les saisons dégorgent sans jouissance
Sans saveur
Dans ce pays…
Je dois rattraper le retard
de la nuit
je n’ai pas de gares
je n’ai pas de repos.
Je parcelle
Ma galette rassise
A la sueur de mes os.
Je dois survivre
Pour vivre.
Mes sandales sentent déjà
Le santal d’aubes claires
Mais la route est encore
Longue,
Langue permise enfin dans mes soliloques sahariens
Je ravive mes ancêtres
Dans des alphabets
Que je doigte dans les cendres.
Je couvre le feu
Et rouvre ma route
Demain reste à faire…
Je sais que l’on dit
Que je suis fragile comme les jours à venir.
Or, on ignore que je ne suis qu’un voyageur
Dont les ailes sont mutilées
Et qui s’arrête à toutes les gares
Pour boire de mes yeux
Ces rails tentaculaires
Et dormir dans la caresse des départs.
Mais qu’importe les départs :
Au son du sifflet du Temps
Tous se ressemblent !
Je ne suis qu’un voyageur
Que le velours des montagnes
Et la mer lascive abandonnent
Dans un défilement voilé et furtif.
Non, je ne veux pas être rude.
Je n’appelle pas être forgé
Le fait de vivre parmi les puanteurs
Des mots et les exactions du hasard.
Car le hasard n’existe pas ;
Même les miracles n’existent pas.
Je sais de quoi je parle
Moi qui ne suis qu’un voyageur.
Je sais que l’on dit
Que je suis rude
Puisque je viens de briser des croyances.
Je vois déjà
Comment ils fendent ma voie
Et déserte mes yeux.
Je ne sens plus mes pieds…
Non, je ne vais pas me reposer.
Je ne suis qu’un voyageur
Non pas une épitaphe
Sur le front de la Vie.
Allez-y, partez, vous qui m’avez accompagné
Jusqu’ici,
Au questionnement de mon voyage.
Vous pouvez vous en aller ;
La nuit tombe, et on vous attend.
Moi, je ne suis qu’un voyageur
Et personne ne m’attend
Ou peut-être :
Des visages sans regard
Parmi les ombres bouillonnantes
De mirages lointains
Toujours au-devant des ballasts
Qui s’ouvrent sur ma peau.
Il y a aussi cet ailleurs
Que j’élève dans ma mémoire
Pour ne point mourir de chagrin
Et que je salue de mon orgueil,
De mon rêve et de mon désir.
Je ne suis qu’un voyageur
Comme une rivière qui se donne
A l’ambition de la mer.
Je veux renier ce voyage
Car je ne comprends pas
Les errances de mes yeux
Et les promesses de la Solitude.
à suivre
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1. hassi Le 20/04/2006 à 18:59
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