L'ETRANGERE I

 

PREMIERE PARTIE

CHAPITRE I


Quand elle est arrivée dans notre ville, tout le monde parlait d’elle. Elle, l’étrangère. Madame Serap, une riche et veuve quadragénaire qui habite maintenant dans une villa rachetée à un vieux pied-noir. Après la mort de son mari, elle vendit l’entreprise d’import-export qu’elle gérait avec lui. Elle ne tarda pas à vendre aussi sa fabuleuse villa qui attira de tout temps les regards.

Connue pour sa générosité et sa bonhomie, tout le monde l’aimait et trouvait en elle la bonne conseillère et l’aide. Avant de quitter sa ville, qui lui rappelait sa jeunesse et son grand et unique amour, pour venir s’installer dans notre ville, elle consacra la moitié de sa fortune à des œuvres caritatives.

La veille de son départ, elle a donné une somptueuse fête. Tout le monde y était, riches et pauvres. Bien sûr cela n’a pas été sans inconvénients puisqu’une minorité de nobles a fini par déclencher une fusillade de mots. Ces nobles aimaient Madame Serap, mais une seule chose les dérangeait: « Elle se saupoudre dans la boue de la ville», disaient-ils. Ils n’aimaient pas être confondus, mêlés aux parias…

Madame Serap ne tenait pas compte de tout le charivari que ces riches causaient, surtout pas ce soir là ! Pour elle, il n’y a qu’une seule richesse : celle du cœur. Et il n’y a qu’une seule supériorité : celle justifiée par les actes et le flot d’intelligence que l’Homme porte en lui.

Ce soir-là, personne ne resta jusqu’au premier clin de paupière de l’aube hormis un groupe de gens habillés de leur chemise de feu. Ceux-là regrettaient que Madame Serap dû les quitter. On l’embrassait, la touchait, la contemplait. Elle leur manquera. Elle, elle les perdra.





CHAPITRE II


Dans une chambre du premier se trouve la chambre de Sarah, l’amie et gouvernante de Madame Serap.

En ouvrant la porte, un canapé couvert d’un tissu bariolé et garni de grosses bandes noires saisit le regard. La chambre est peinte en vert ; sur ses murs, des cartes postales ont été collées. Sur une table, sensée être la table de nuit, se trouve un portrait, en noir et blanc, d’un homme, jeune et fort. A droite du jeune homme se trouve une fille coiffée de tresses et vêtue d’une longue robe bleue ciel. Sur le côté gauche de la table, un livre est ouvert. Un trait au crayon noir a été tracé sous une ligne. Elle disait : « Non, il est arrivé quelque chose lorsque j’ai eu dix-huit ans qui a fait que ce visage a eu lieu. »


Une petite photo représentant une jeune fille, une adolescente au regard lointain, égaré et flou, aux cheveux longs et au sourire morose, servait de marque page.

L’homme sur la photo était le mari de Sarah. Il s’est adonné à la drogue et à la bacchanale ; alors elle n’a trouvé autre solution que le divorce. A dix-huit ans, Sarah a vu ses parents décider de son sort par son mariage à son cousin, âgé alors de vingt-cinq ans. Leur mariage n’a duré que deux ans.

La stérilité de son mari l’a empêchée d’avoir des enfants. N’est-ce pas une chance pour elle qui a pleuré toutes ses larmes en apprenant que son époux n’était qu’une terre aride ?

Quelques années plus tard, Sarah resta seule au monde ; surtout après le suicide de son père, puis celui de son frère, encore plus énigmatique, et enfin la mort de sa mère dans un asile d’aliénés.

Sarah revoit tous ces moments difficiles. Elle raconte à qui veut l’entendre toute son histoire. Surtout celle du suicide de son frère Peter.




CHAPITRE III


- « Oui maman, j’ai servi à Peter son petit déjeuner ; mais il n’a pris qu’un petit café noir » répondit Sarah.

- « T’a-t-il parlé… dit quelque chose ? »

- « Non, rien, absolument rien. Je pense qu’il ne veut parler à personne, ni voir personne. »

- « Suis-moi, ma chérie. Il faut absolument que je lui parle, éclaircir les choses. »


Elles traversèrent un long couloir obscur tapissé d’une moquette grise. Leurs pas furent imperceptibles. Il n’y eut que ce frôlement, une sorte de frou-frou résulté par le contact de leurs semelles avec la moquette. Arrivées devant la chambre de Peter, elles se tinrent immobiles. Puis dans un geste lent, la mère se pencha pour voir à travers le trou de la serrure. Mais la clé qui s’y trouvait l’empêcha de voir ce que son fils faisait. Elle n’entendît que des pas allant de long en large.


- « Depuis ce matin, il ne fait que circuler d’un coin à l’autre de la pièce. Il a complètement changé depuis son voyage à B***. dit Sarah d’une voix basse.

- « Viens. Il vaut mieux le laisser seul ; peut-être qu’un peu de solitude lui ferait du bien. Il est différent de toi et de moi ; il est sensible et fragile. C’est à lui seul de décider quand ce calvaire cessera »


L’horloge du vestibule mal éclairé sonna les onze coups de la journée. A ce moment la porte de la maison s’ouvrit. Sarah apparut avec, de la main droite un panier plein de provisions, et de l’autre, un paquet orné de rubans bleu et rouge, et un journal. Elle alla déposer le panier dans la cuisine, puis revînt déposer le paquet et le journal sur la table du salon.

La mère était distraite par l’album photo qu’elle feuilletait depuis que sa fille était sortie.

- « Voilà maman, j’ai acheté ce que tu m’as demandée. »

- « Bien, bien », répondit la mère d’un air absent. Puis en levant la tête, les yeux en pleurs, elle dit :

- « Montre-moi le paquet, s’il te plaît. »

Sarah ne sut quoi faire en voyant sa mère pleurer. Elle savait que c’était toutes ces photos qui réveillaient en elle ce qu’elle croyait éteint. Son père s’est suicidé un jour après une querelle avec sa mère. Cette dernière s’est toujours sentie coupable. Il y eut aussi deux de ses frères morts à la suite d’un accident de la circulation. Après tous ces évènements, elle se vît dans l’incapacité d’accepter ou d’affronter un autre événement fâcheux.

Sarah prît le paquet et le tendit à sa mère. Celle-ci l’ouvrit, et dans un sourire puéril mais lugubre, dit :


- « Quand Peter était écolier, il préférait cette encre noire alors que tous ses camarades utilisaient une encre bleue. Il n’aimait jamais les carnets et les feuilles volantes pour écrire. Il a toujours préféré ces cahiers d’écoliers…même au lycée. C’est pour cela que je te les ai faits acheté ».

- « Devrais-je les lui faire parvenir tout de suite, maman ? ».

- « Oui, oui, merci », répondit-elle peinée.


Elle remit le tout dans le paquet et prît le journal que Peter lisait quotidiennement. Comme chargée d’une affaire capitale, Sarah marcha d’une allure altière jusqu’à la chambre de Peter. Là, elle hésita à frapper à la porte… Elle tendit l’oreille et put entendre une musique douce qu’elle a tout de suite reconnue :

- « C’est la musique que Peter écoute lorsqu’il ne se sent pas bien. C’est le Concerto d’Aranjuez de RODRIGO ».


Elle frappa à la porte, mais elle n’eût pas de réponse. Elle frappa derechef. Peter reconnut la voix de sa sœur lui disant : « Ouvre mon frère, c’est ton journal ! » Il alla ouvrir d’un coup sec et reprît sa place en face de la fenêtre, le dos tourné à la porte. Sarah entra, déposa le paquet et le journal sur le lit, puis dit :

- « Ce paquet, c’est maman qui te l’a acheté. Tu sais, elle s’inquiète beaucoup pour toi. Qu’as-tu donc ? Sors un peu ; ça fait des jours que tu es prisonnier de toi-même… »

Et comme elle n’obtint pas de réponse, elle n’osa pas dire plus. Elle sortit et claqua la porte comme pour signifier : « Voilà, je sors ! »

Elle n’eut qu’une seule réponse à donner à sa maman qui demandait des nouvelles de son fils : « Il ne daigne pas parler. » Et la mère en sanglots : « Comme toujours et à jamais ! »


Dans sa chambre, Peter allait de la fenêtre à la porte, de son lit à la petite table qui lui servait de bureau. Il ne pouvait plus supporter ce va-et-vient. Il se jeta sur son lit et heurta le paquet que sa sœur y avait déposé. Un moment, il ne se souvînt plus que quelqu’un fût là. Il laissa tomber le paquet et prît le journal. D’habitude, il commençait par la rubrique culturelle ; mais aujourd’hui, il chercha la page « Actualité » dans laquelle il se mit à lire un fait divers :


« DESESPERE ( ?), ELLE SE SUICIDE »

(Ce titre le laissa un moment inerte)

« Une jeune femme de trente-cinq ans, célibataire, s’est suicidée lors d’une cérémonie à l’occasion de son anniversaire. La jeune femme dont l’identité n’a pas été révélée, est selon les rumeurs la belle Anna X***, mannequin du grand couturier FORTUNATO.

Dans notre édition de demain, nous aurons de plus amples informations sur ce tragique suicide. »

Il jeta de côté le journal. Il devînt pâle et nerveux. Il ouvrît la fenêtre. Il eut envie de fumer, lui qui n’a jamais fumé ; envie de se saouler, lui qui n’a jamais goûté à l’alcool.

Maintenant, il prît le paquet qu’il a rejeté il y a quelques instants. Il s’avança vers son bureau et ouvrit le paquet. Ses yeux se remplirent de larmes : « C’est bien loin », pensa-t-il. Il prît le cahier et l’encre et chercha une plume dans le tiroir. Il allait écrire quand une idée lui traversa l’esprit. Il se leva et alla chercher le journal. Il traça un rectangle en pointillés autour du titre du fait divers, puis le détacha. Il le mit sur son cahier comme titre. Il encercla de son encre noire le point d’interrogation et le cocha. Il dessina aussi un cercle autour de la dernière lettre de désespéré(e) et la cocha à son tour.


Pour « ELLE », il rassembla le « EL » en une rature pour former un « I », et encercla et cocha le « E » de la fin. Ce qui a donné : « DESESPERE, IL SE SUICIDE ». Au-dessous du titre, il inscrivît la date et ses initiales. Il commença à rédiger son propre journal.


- « Le déjeuner est prêt, maman. Peter ne veut pas descendre. Il ne m’a même pas répondu lorsque je l’ai invité à venir déjeuner »

- « Ma chérie, vas manger; moi je n’ai pas d’appétit »

- « Mais, maman… »

- « Vas ma chérie, je t’en prie. Moi, j’irai faire une petite sieste ; ça me fera du bien »


Sarah n’avait pas non plus d’appétit. Elle se dirigea vers sa chambre et crut entendre un bruit provenant de la chambre de Peter. Elle s’approcha de la pièce ; et une fois devant la porte, elle tendît l’oreille pour écouter ce qui se passait à l’intérieur. Rien. Pas une mouche qui volât. Pas un souffle : « Il doit être entrain de dormir », pensa-t-elle. Elle alla rejoindre sa chambre quand elle entendit le crissement d’une chaise. Et, elle entendît la poignée de la porte grincer. Elle alla vite se cacher derrière une grande jarre à l’amont du couloir. A ce moment, elle vît Peter sortir, traînant ses pas, veule et dégingandé, vers les toilettes. Elle eut l’idée de jeter un coup d’œil à la chambre avant que son frère ne revînt. C’était une chose qu’elle n’avait jamais faite.

Sur la pointe des pieds, Sarah s’introduisît dans la chambre. A peine eut-elle franchi le seuil de la porte que Peter fut de retour. Il s’appuya sur le chambranle de la porte et se mit à contempler sa sœur qui farfouillait dans ses affaires. Sarah se rappela qu’il était temps de se retirer; mais il était trop tard. En se retournant, elle vit Peter impassible et calme. Elle fut à court d’alibis. Inhibée, elle rougit. Elle eut peur. Peur, non pour le fait d’être surprise, mais pour ce calme et cette impassibilité que son frère montrait. Qu’allait-il faire ? La frapper, l’injurier ? Non, il ne dit rien, il ne fit rien. Il se dégagea de la porte et reprît sa place au bureau. Sarah s’éclipsa quand il l’interpella : « S’il te plait, ferme la porte derrière toi. »

Quand elle ferma la porte, celle-ci tonna car tous les membres de Sarah tremblaient. Elle rejoignit sa chambre ; elle ne fut plus la même. Elle eût peur que Peter ne racontât à sa mère ce qu’elle avait fait. Elle prit de l’aspirine, ouvrit la fenêtre du balcon et s’assit par terre. Elle resta là toute l’après-midi.

Sept coups de l’horloge résonnèrent dans le vide de la maison.

La mère n’avait pu se reposer. Elle était trop occupée à chercher une explication à la réclusion de son fils qui la taraudait.


Dans le salon, elle héla sa fille qu’elle crut dans la cuisine ; mais elle n’eut point de réponse. Elle décida d’aller voir si sa fille était dans sa chambre. Elle frappa plusieurs coups de suite ; mais Sarah ne l’entendit pas, étant au balcon. Elle était là toute décatie, songeant à l’excuse qu’elle pouvait donner à sa mère si jamais son frère lui racontait tout. Tout à coup elle s’aperçut qu’il se faisait tard et que sa mère l’attendait.

- « Je te croyais sortie », dit la mère tout éberluée de revoir sa fille.

La fille ne comprit pas l’attitude de sa mère. Elle crut que Peter lui avait tout dit : « Il lui a donc parlé, tout dit », pensa-t-elle. Puis, elle voulut biaiser pour se faire pardonner quand sa mère la tînt par la main. Elles avancèrent dans le couloir vers le salon : « Je t’ai attendue trop longtemps au salon ; et comme tu ne descendais pas, je me suis dit qu’il valait mieux venir te chercher dans ta chambre. »

Sarah fut prise par une bourrasque de troubles qu’elle ne put cacher et fondit en larmes. Dans cette confusion de sentiments, la mère ne daigna pas demander pourquoi sa fille était émue par le fait qu’elle s’était donnée un peu de mal pour elle, surtout en ce moment de peine.


Ce soir-là, le dîner fut préparé par la mère et sa fille. Peter fut servi dans sa chambre; mais il ne goûta à rien. Au salon, ce fut le premier tête-à-tête de la mère avec sa fille. Jamais elles n’ont dîné seules sans Peter. Sarah eût peur que sa mère l’interroge. Elle mastiquait ses aliments nerveusement ; mais la maman était trop distraite pour remarquer son manège.

- « J’ai toujours voulu te parler sérieusement ce soir pour que tu puisses m’aider. Je t’ai toujours caché les vraies circonstances de la mort de ton père ».


Sarah s’arrêta de mâcher et prît un verre d’eau. Elle but à gorgées saccadées. La mère continua : « … m’aider à chercher la cause de cette tristesse : la sienne et la notre. Peter me rappelle son père la veille de son suicide. Tu sais, ton père n’est sorti de sa chambre que pour ses funérailles. Il ne buvait, ni mangeait, ni parlait …Tout cela parce qu’un jour, il est rentré du travail tout mécontent et triste, lui qui aimait tant son travail. Je me suis inquiétée beaucoup pour lui. J’ai insisté pour savoir la raison pour laquelle il était dans cet état-là. Ce fut alors qu’il déversa tout son ire et sa haine sur moi avant de rejoindre la chambre de Peter et n’y sortir que mort. Aujourd’hui, la même peur et le même pressentiment me turlupinent. Peter est désespéré… »

Effarée, Sarah saisit des deux mains un bout de la toile, jaune et bleu, qui couvrait la table et le pressa comme lorsqu’on essore du linge. Ce fut bien ce qu’elle a pu découvrir dans la chambre de Peter ; ce qu’elle a pu lire sur son cahier : « Désespéré.. »

- « …oui, Peter est désespéré et je ne sais pas pourquoi. Il est désespéré, et j’ai peur qu’il ne se suicide. Sarah, veux-tu aller voir s’il a besoin de quoi que ce soit ? ».


La fille se leva et se dirigea vers la chambre de son frère. Elle trouva une feuille scotchée à la porte : « SVP, ne pas déranger. Demain, apportez-moi le journal très tôt. Merci ».


Toute la nuit, Peter ne dormit point. Il sacrifia cette nuit-là à rédiger son journal. Dans sa chambre, la mère ne cessa de se remuer dans son lit après un horrible cauchemar :

« Elle était sur un pont près d’un port. Peter courait… Elle l’appelait… Il marchait à reculons sur le pont. Elle eut peur qu’il tombât dans l’eau… Peter s’arrêta quand sa mère a voulu saisir sa main… Mais ce geste fut si brusque que Peter trébucha et tomba dans l’eau froide. »


Le lendemain, Sarah frappa à la porte de Peter pour lui remettre le journal. Il ouvrit la porte et la referma aussitôt. Il se précipita à son bureau et lut la suite du fait divers de la veille :


TOUJOURS BIZARRE


« La jeune femme qui s’est suicidée hier dans sa maison est bien la célèbre mannequin Anna X***. Elle s’est pendue dans sa cuisine au moment où tout le monde l’attendait pour souffler ses trente-cinq bougies. Une lettre a été trouvée auprès du cadavre ; elle disait : « Faites de ma mort une naissance comme de ma naissance une mort. »

Ces quelques mots ambigus ne semblent pas être écrits par Anna X*** si l’on croit le témoignage d’un de ses proches parents.

Qui se cache donc derrière ce message ?

Quelles sont les véritables causes de ce « suicide » ? Ou tout simplement s’agirait-il là d’un crime passionnel ?

En tout cas, l’enquête est ouverte pour une étude graphologique de la missive. Une information de dernière minute nous est parvenue disant que bien que Mademoiselle Anna fût belle et célèbre, elle n’a jamais été heureuse. Des témoignages recueillis auprès de ses proches et relations disent qu’elle s’est mariée il y a trois mois avec un acteur de cinéma, dont l’identité n’a pas été révélée, et l’a abandonnée à Brugge (voyage de noce ?) après avoir pillé tout son argent. Rumeurs ? Vérités ? Affaire à suivre. »


Il plia le journal et murmura : « On meurt et on tue ailleurs qu’à la guerre ». Il se dirigea vers la fenêtre : « Rien, toujours rien ». Dehors, un silence berçait la ville, et un brouillard l’enveloppait. Il se laissa engloutir dans un fauteuil placé dans une extrémité de la chambre. Puis il se redressa, marcha en long et en large, se jeta sur le lit et éclata en sanglots : « Ce sera aujourd’hui ou jamais », se dit-il, « …sept heures ce soir et tout sera clair dans ma mémoire et … dans la vie ».

Dans le vestibule où régnait l’obscurité, les heures se succédèrent, sonnèrent dix coups, douze, un, trois, cinq, six… Puis vinrent les sept coups de sept heures qui tonnèrent : « Le jour décroît, la nuit augmente ; souviens-toi ! Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide. »

« Il est sept heures », dit-il, l’ultima. Il alluma la lumière. Il accrocha une corde à la traverse dormante de la fenêtre. Il s’assura que le nœud était bien fait et que la corde n’allait pas céder à son poids. Il rapprocha la petite table qui lui servait de bureau près de la fenêtre ouverte. Il bascula la table de la pointe du pied gauche et celle-ci se renversa. Maintenant, debout sur le bord de la fenêtre, il commença à se passer la corde autour du cou.

Il faisait noir dehors, et la brise caressa sa nuque. Il tressaillit, ferma les yeux comme pour prier et sans tergiverser se jeta dans le vide de la chambre. Il n’y eut qu’un cri : « Aah…».


Par cette fenêtre où la mort s’était posée, Sarah qui traversa le jardin accompagnée d’un jeune homme d’un gabarit assez fort et charmant. Son aîné de sept années, Djamel est l’ami de Peter.

Ce fut lui qui remarqua cette silhouette noire qui basculait dans la fenêtre. Sarah s’évanouit. Djamel courut dans la maison, et en une fraction de seconde, se retrouva dans la chambre de son ami. Il resta pantois au seuil de la porte. Il eut les yeux en pleurs: « Peter, …Oh non, ce n’est pas possible… » Il s’avançât, prit la table renversée et y monta. Il dénoua non sans difficultés la corde et allongea le corps cadavérique sur le lit. Il demeura à son chevet, lui parla, lui caressa les mains et le visage jusqu’au moment où, Sarah qui reprit ses esprits, et sa mère entrèrent dans la chambre.

La mère se jeta sur le corps blême de son enfant ; la fille s’approcha du côté où les affaires de son frère étaient rangées et prit le cahier sur lequel était inscrit ceci :


DESESPERE, IL SE SUICIDE

07 JUILLET

P.V.


« Ici, sont estampés des jours de silence… Une longue traversée de l’océan de l’amertume… Des idées de jours sans âme ni ami, collectées dans le désert givré de la solitude. »

Non. Ce que je veux transcrire ici ce sont quelques étranges idées qui me traversent ces jours-ci. C’est une sorte de phobie… Non, plutôt de peur. J’ai peur ; mais j’ai l’impression de ne pas connaître les raisons pour lesquelles je suis ainsi. Tant de facteurs sont mêlés, et je ne sais lequel de tous est à l’origine de mon angoisse. Je me sens actuellement tel un évadé qui fuit la justice (quelle justice ? Pourquoi pas une injustice ? !), sa propre vérité. Car opprimé, il n’ose plus prêcher la vérité. Et, loin de toute vie, il meurt parmi les opuntias du désert et les papillons de la nuit. Dans son désert, il a au moins eu foi en toute chose : Dieu… La vérité ! Je me vois fuir l’échec du cœur ; prêt à vivre une autre vie pourvu que je sache qu’à la fin un printemps éternel m’attend. Prêt à vivre au fond des inconsciences, mais que je sache qu’au fond du tunnel, une lumière brille, brillera toujours pour moi. Je suis prêt à aller semer les graines de ma jeunesse dans les vastes étendues de l’Inconnu et du Mystère, mais que je sache que mes mains cueilleront un jour les roses éternelles de la vie. Je veux que l’on sache à jamais que parfois fuir une chose ou quelqu’un, c’est les fuir pour s’en rapprocher encore plus. Comme l’ombre qui fuit l’objet mais qui reste fidèle à lui. Il y a mille chemins qui mènent à l’Amour. Il y a mille façons d’atteindre, de vivre l’idéal. Oui, l’Idéal se concrétise parfois ; mais seulement si on frappe à d’autres portes. Cependant, il faut traverser les déserts et les océans. Tout cela n’est rien quand on veut retrouver le bonheur de vivre, la paix de l’âme. Ici, les gens ont froid ; ils ont fermé leurs portes. La tempête hurle et nul ne peut entendre mes appels ni les coups que reçoivent les portes de bois. Ici, les gens ont appris que sortir en pleine tempête pour aider quelqu’un qui hurle de douleur, c’est aller hurler et mourir comme lui. Ici, les gens se sont habitués au sein maternel : ils ne peuvent quitter la chaleur de leurs nids, ni admettre que quelqu’un aux mains froides partage leurs laines, leurs pains chauds. Ici l’on a élevé des murailles et l’on ne voit plus les plus petits jardins.

Et puis, la confiance n’est plus. Le temps l’a tuée. Il y a aussi mille façons de rester. Je veux dire mille choses qui nous retiennent. Nos habitudes, nos parents, nos amis… Tout cela empêche d’aller très loin. D’ailleurs, à peine avons-nous des ailes qu’on nous les coupe.

L’homme est un animal social (cette société qu’il rejette malgré lui, mais qui le colle et le façonne à sa manière) qui est toujours attaché à ses racines. Quand il quitte quelqu’un, il a tendance à se retourner, à regarder derrière lui. Un geste de regret ?

Le jour où un être s’en ira sans se retourner, comprenons que son aller est sans retour. Je voudrais pouvoir apprendre comment m’en aller sans me retourner, vivre au présent éternellement…

Il y a une quinzaine de jours, je suis tombé malade, et mes amis n’ont pas cherché à demander après moi. Il faut que j’arrête ici car je ………………


Toutes les lumières sont éteintes. Il n’y a que moi en cette nuit du mois de gelée, qui suis toujours éveillé. Il fait froid, et le vent ravage l’animé et l’inanimé. Dehors, au bord de la rue qui mène à la fontaine de l’oubli, se dresse un arbre dénudé par le vent violent. Sur cet arbre, se trouve un oiseau basculant à gauche et à droite, ivre du vent impitoyable. Le vent hurle, et l’oiseau se tient debout sur la branche la plus petite et la plus mince. Tantôt il couvre sa tête de ses ailes, tantôt la baisse à la manière de l’autruche. Mais où ira-t-il planter sa tête ? L’arbre est dépourvu de feuilles ; et la branche est plus mince que son être. Il a ni nid ni ami : les nids sont détruits, les amis sont partis à la recherche de la chaleur et du confort. Il ne me reste rien. Sauf moi-même. Ici, j’étouffe : « Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joies… eh bien je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire… Ce n’est qu’une saison en enfer que je vis. »

Une chanson de cette cassette que J. m’a offerte me parvient :

« Sometimes life can make you crazy

It really put a body to the test (c’est fait)

You try so hard to make sure everything is right and you

Find you’ve only wound up with a mess (complètement)

It’s a common situation (bizarre)

Even though you feel abandoned and alone (ça, je le suis depuis toujours)

Child you ain’t the first to experience a hurt, so (et pas le dernier)

Don’t panic when you hit danger zone...(O.K)


Ceci n’est qu’une chanson; l’idée que je porte en moi est plus forte que toute chose: “Je fais de ma mort une naissance comme de ma naissance une mort”.

A J. : « On meurt et on tue ailleurs qu’à la guerre ! »

A maman : « Et vous acceptez les saisons de votre cœur, de même que vous acceptez les saisons qui passent sur vos champs. Et vous veilleriez avec sérénité à travers les hivers de votre tristesse ». (K.GIBRAN)


Je vous aime tous,

A DIEU.























CHAPITRE IV


Perdue dans cette ville où le brouillard a toujours été de connivence avec son mal, Sarah déambulait de boutique en boutique ou de maison en maison dans l’espoir de trouver du travail.

A vingt-cinq ans, elle voyait les portes de la vie se refermer derrière et devant elle.


Un de ses lieux préféré était le « Lac Beauté ». Près d’un roc, elle s’asseyait pour contempler les cygnes de ses souvenirs lui faire signe. Un jour, alors qu’elle gémissait sur ce roc, un éclair jaillit parmi un amoncellement d’ordures. Elle regarda bien, puis alla voir de plus près. C’était l’anneau d’un sac à main tout neuf, d’un noir brillant. Le cuir ressemblait à une peau de serpent. Sarah hésita à le prendre, mais la tentation fut grande. Elle prit le sac et le caressa comme si elle l’essuyait. Elle retourna à sa place et ouvrit le sac. Il était vide. Mais une pochette à l’intérieur laissa apparaître un bout de papier. Une carte d’identité s’y trouvait. Sarah se précipita à la remettre à l’adresse indiquée sur la carte ; mais une idée la traversa, et elle pensa : « Comment ce sac si neuf et si beau a pu arriver ici vide ? L’a-t-on volé…et lorsqu’on a pris l’argent et vidé, on l’a jeté… ? »


Absorbée par ses pensées, elle se retrouva à la place publique. Il n’était plus question de tergiverser. Et puis elle n’avait pas l’air d’une voleuse. Elle reprit la carte et lut les noms et adresse. La rue n’était pas loin de la place publique. Elle trouva sans peine le n° 7. Elle était en face d’une immense et exquise villa. Elle tressaillit. Cette fois-ci, son destin l’a guidée dans l’anonymat. Elle allait frapper à la porte quand elle entendit de la musique. « Il doit y avoir une fête ici », pensa-t-elle. Elle prit de nouveau la carte regarda la photo de la jeune fille ; puis traîna son regard sur la date de naissance:« 27 septembre… mais oui, c’est ça la fête. On est bien le 27, et elle fête son anniversaire », murmura-t-elle.


Elle sonna sans savoir comment son petit doigt atteignit la sonnette. Elle sonna une deuxième fois, et un jeune homme apparut à la porte.

- « Vous désirez, mademoiselle ? » dit le jeune homme.

- « Bonjour, c’est bien le domicile de Serap X*** »

- « Oui, c’est bien le domicile de mademoiselle Serap ! »

- « S’il vous plait, je voudrais lui parler. Dites-lui que c’est très important ».

- « Bien mademoiselle. Deux secondes. »


Quelques instants plus tard, une jeune fille de taille moyenne, aux cheveux acajou, coiffés royalement, et aux yeux d’un bleu vif, apparut au seuil de la porte.

- « Bonjour, c’est moi Serap », lui dit-elle avec un joli sourire.

- « Bonjour. Excusez-moi de vous avoir dérangée… Comme j’ai trouvé ceci… »

Serap n’attendit pas la suite ; elle s’empara du sac, fit entrer la jeune fille.

- « Où l’aviez-vous trouvé ? Oh, pardon, asseyez-vous. »

Sarah prit une chaise.

- « J’étais au « Lac Beauté »… et c’était là que je l’ai trouvé… que j’ai trouvé votre sac. Je l’ai ouvert et j’ai trouvé votre carte qui m’a guidée jusqu’à vous. Je vous assure que je n’ai rien trouvé d’autre que ça… »

- Serap l’interrompit : « Mais je ne vous accuse de rien. Ce sac m’a été volé il y a quelques jours. Bien sûr, on a pris tout l’argent qui s’y trouvait et détruit le reste des papiers. Je me demande pourquoi ils n’ont pas déchiré ma carte d’identité… Il y a une pochette secrète… »


Elle se mit à farfouiller et montra à Sarah la pochette secrète. Elle l’ouvrit et en fit sortir un bout de papier.

- « Oh, merci mon Dieu »

- « C’est quoi ce papier ? » demanda naïvement Sarah.

Serap rit et dit : « Comment vous appelez-vous ? »

- « Sarah, Sarah O*** », dit humblement Sarah

- « Mais vous êtes la fille des O***. Qu’ils reposent en paix. »

- « Vous connaissiez mes parents ? »

- « Oh oui. Votre mère était une amie à ma mère qui est, elle aussi plus de ce monde. », dit Serap avec peine.

- « Je dois m’excuser maintenant, je dois partir »

- « J’espère que l’on se reverra » dit Serap ;


Elle resta immobile au seuil de la porte contemplant Sarah qui s’éloignait. Elle a tout oublié, la fête et tout le monde. Et par réflexe, elle saisit le bout de papier qu’elle avait tiré de son sac et se mit à le lire:

« Bien à toi,

Ce qui m’arrive avec toi me surprend. Lorsqu’on, te regarde, on ne peut que t’aimer. Mais si l’on pousse l’audace à écouter ton âme, alors s’écroule toutes les certitudes que le destin n’a de cesse de rappeler : « Qu’il n’y a pas d’Amour heureux ». Mais qu’importe ?!

Que te dire ? Que j’ai trop soif, mais qu’une seule de tes larmes suffit ?

Le destin est encore trop cruel et m’invite encore une fois à supposer l’impossible. Aujourd’hui, un espoir fou m’habite et me torture. Et j’entrevois entre chiens et loups les yeux qui me font pleurer. Tu es injuste envers moi. Tu m’imposes le murmure alors que j’ai envie de hurler !

Oui, je t’aime et j’ai peur en même temps. Car j’ai appris que le bonheur n’est jamais solitaire lorsqu’il surgit.

Berce-moi et conte-moi ces merveilleuses histoires qui illuminent le regard où mon âme est partie habiter.

J’ai faim et j’ai envie de te manger. Oui, j’ai soif et j’ai envie de te boire. Tu es mon pain et mon eau. J’ai sommeil et j’ai envie de te dormir. J’ai besoin et envie de n’attendre que toi. Je sais que tu m’aimes car quelle preuve vraie que tes yeux mon Amour.

Donne-moi la main

Pour détruire l’équilibre

Du destin maléfique

Qui nous poursuit incessamment

Sur cette route où vivre

Avec son Semblable

Est une transgression de l’équilibre

De la Morale Antique.


Donne-moi la main

Pour ne faire une place

Au frou-frou du silence

Après l’extase

-ou, comme le nomment certains : le péché-

de nos sublimes et provisoires poèmes.


Donne-moi la main

Pour devenir présence

Et lâcher les brides de notre cri

Sur les pavés de la ville-sentinelle.


Donne-moi la main

Pour sauter au-dessus

Des tessons des yeux et des âmes

Vagabonds

Qui vadrouillent sur nos fronts.


TA SORCIERE


C’était une lettre qu’elle a gardé afin de l’expédier à son amour. Un jeune homme, étudiant en commerce qui a su faire vibrer son cœur pour la seconde fois, car Serap était déjà mariée.

Son époux était le Comte de CANDLE qui fut tué par son cheval « Revenge » lors de ses exercices quotidiens d’équitation.

Maintenant, le cœur de la veuve ne battait que pour cet étudiant de vingt-cinq ans. Un désir fou la hantait. Le désir de posséder cette « statue grecque », comme elle aimait si bien l’appeler.


Un jour de brume et de crachin, Serap décida de revoir Sarah. Avec son allure preste, on pouvait comprendre qu’une affaire importante se préparait. Elle arriva chez Sarah et frappa à la porte entrouverte. Sarah apparut l’air hébété de revoir Serap. Elle n’osa pas l’inviter à entrer car elle eut honte du désordre qu’il y avait dans la maison. Elle souhaita quand même la bienvenue à Serap et l’interrogea sur le motif de sa soudaine visite.


- « Je viens vous remercier encore une fois, et je vous remercierais encore plus fort pour le service que je viens vous demander .»

Sarah eut l’air interrogatif, et Serap de continuer :

- « …Vous souvenez-vous du papier que j’ai trouvé dans mon sac ? »

- « Oui » répondit Sarah.

Serap lui tendit le papier et lui demanda de le lire.

- « Mais c’est une lettre, n’est-ce pas ? »

- « Lisez, je vous prie. »

Quand Sarah eut terminé la lettre, elle resta bouche bée.

- « Voici le service que je vous demande de me rendre, s’il vous plait… C’est de remettre cette lettre à l’adresse que je vous communiquerai par la suite. »

Sarah ne répondait point. Quant à Serap, elle fut bientôt désespérée et regretta son geste :

- « Oh, excusez-moi, je… »

- « Non, non », l’apostropha Sarah, « ce sera avec un grand plaisir. Mais dîtes- moi, pourquoi m’aviez-vous choisie moi spécialement ? ».

- « Parce que vous êtes gentille et…honnête ».

- « Mais… ». Et Sarah se tut.

Elle voulut dire que ce n’était pas tout, que ce n’était pas seulement pour sa gentillesse et son honnêteté que Serap la chargea de cette affaire ; mais elle préféra le silence.


C’était donc grâce à Sarah que madame Serap put conquérir le cœur de ce jeune homme qui devint son mari. Il ne resta à Serap qu’à intégrer Sarah au sein de la famille étant seule au monde.

Adoptée par cette nouvelle famille, elle y passa des années de bonheur. Un jour, pourtant, Sarah essaya de s’enfuir sous prétexte que la monotonie rendait sa vie difficile. Elle était là, lasse, le visage presque fané par la confusion :

« Je n’en peux plus. Je ne veux pas être une charge pour vous. Je veux faire quelque chose, travailler… ».

Stupéfaite, madame Serap resta bouche bée.

Ainsi, elle proposa de faire quelque chose, de travailler à la maison ; au moins aider les domestiques ; Elle eut peur du qu’en-dira-t-on « ils ont adopté une fille et ont saisi sa naïveté pour devenir une des domestiques de la maison. » Mais qu’importe les bouches folles ! On ne pouvait pas rester indifférent devant ces yeux puérils et accusateurs.

Les jours se succédaient et les années passaient. Sarah, consumée par le travail devint vieille fille; et Serap dont le mari, atteint d’une tumeur cérébrale, mourut sans qu’elle eût pu faire quelque chose. Elle devint presque folle et fut possédée par une étrange envie de tout détruire.

Heureusement, la présence de Sarah lui apporta confort et sécurité.



CHAPITRE V


Seule dans la petite chambre de sa jeunesse, les coudes sur les genoux et la tête entre ses mains moites, elle ne cessa de pleurer. Pourtant madame Serap lui a proposé d’aller avec elle. Mais Sarah ne pouvait partir. Quelque chose la retenait. Une voix, un visage, peut-être… Ce qu’elle savait c’était qu’elle ne pouvait point partir. Une douleur viscérale s’avivait à l’idée que leur amitié ne serait qu’un souvenir. L’amitié, la vraie, devient-elle souvenir loin de l’être aimé ? L’amitié, la vraie, vit au-delà des frontières de la mémoire, bien au-delà des absences, celles du cœur, du visage, des mots de l’autres.


Elle entendit parler et rire au salon. On s’agitait ; il était l’heure du départ. Elle mit rapidement une robe et descendit rejoindre la foule. Elle revint sur ses pas, contempla la chambre, et son regard se posa sur le portrait sur la table. Elle l’enveloppa et descendit.

Elle n’eût pas le temps de se débarbouiller. Elle sécha ses larmes et se coiffa les cheveux de ses mains tremblantes.

La voiture était là, le chauffeur aussi. L’adieu était au seuil de la porte et du cœur. Noyée au milieu de la foule, madame Serap distingua Sarah de loin. Elle se fraya un chemin. Elle voulut lui dire combien elle avait envie qu’elle partît avec elle ; mais les larmes aux yeux de Sarah la mirent mal à l’aise.

Un silence enveloppa ces deux amies. Un autre silence régna sur la foule et les lieux. Un silence de curiosité mêlé au regret du départ. Il ne suffit pas de laisser ceux qu’on aime ni de lâcher leurs mains ; mais laisser tomber les mains du cœur qui s’agrippent à tout. Quand les mains ne peuvent retenir quelqu’un, les yeux et le cœur peuvent.

Une larme jail

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Commentaires (2)

1. Belahcene Le 25/01/2009 à 23:12

Envoyer un e-mail à Belahcene
bonjour, je n'ai aucun commentaire a faire sur ce que je viens de lire a part que j'aime bien ,moi qui n'aime pas lire d'habitude...!
par contre j'ai une petite question ,je recherchais sur internet le nom de "Fares Babouri" et je tombe sur un monsieur ecrivain et poête un autre qui cuisine et encore un autre qui s'etale sur different sujet de la vie .....
n'etiez vous pas mon professeur de langue anglaise a bejaia?!

je vous laisse mon adresse email pour toute correspondance:
nassimbelahcene@hotmail.com

merci....

2. SADOUN Le 13/02/2009 à 19:13

Envoyer un e-mail à SADOUN
Interessent !
Je crois que ce que je viens de lire est plus une Nouvelle qu'un essais (?)
Les écrits modernessont, à mon avis, mieux et non barbants que ceux des siècles précédents. En effet, le lecteur moderne est plus attiré vers la finalité de ses lectures que des détails insignifiants encombrants les lignes des romans des anciens.
Ca reste un avis d'un profane, je ne suis pas spécialiste en la matière mais c'est, je pense, la tendance actuelle de la majorité des lectrices et lecteurs de notre temps.
porte toi bien et bonne continuation.
Amirouche de Bejaia (Le Neurochirurgien)
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Dernière mise à jour de cette page le 22/06/2006
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