POESIES V

«Et je sens qu’avec le cahotement incessant –malgré l’immobilité apparente des ballasts- le mur se déplace et qu’il viendra bientôt obturer le dernier moignon d’horizon alors l’idée même d’oasis sera ensablée et ne demeurera que le tact des tôles nous ballottant dans une errance noire et indénombrable. » (Tahar Djaout, L’Exproprié)

---

     En lambeaux
Bleus, gris
Couleurs et sentiments
D’une folie soudaine.
Tu es là à contempler la mer
Qui  t’a rejeté et qui maintenant
T’appelle et te courtise.

Mille nuits sont déjà passées
Depuis que tu es là
Tel un phare
A examiner
Chaque vague,
Chaque murmure,
Chaque soupir
D’un monde abscons.

Tout est toi
Tout t’est indifférent
En  une même note.
Le vent n’emporte tes haillons
Crasseux
De mille misères,
De mille solitudes,
De mille oublis…
Tes cheveux en boucles semblent
Formés mille nœuds
Avec l’air du temps
Que tu as pourtant raté.

Le temps, pour toi
N’est ni ce jour
Ni cette nuit,
Mais cette vague que tu guettes,
Ce murmure que tu perçois,
Ce soupir qui te parvient du néant,
Puis, qui s’écoule vers d’autres rivages.

On dit que ton monde, tes sosies
(En as-tu vraiment ?)
N’ont d’amis que les Djinns !
tes soliloques
sont des confidences aux Djinns
Qui peuplent tes jours et tes nuits.

-----------

  Je te revois
Entre la brume et l’éclaircie
Tâtonnent le moindre
Coin
Du passé composé.
Et avec la pluie du présent,
Je te vois
Semer
Les graines vertes
De demain…

-----------

      Accroché à la grille de ma fenêtre,
Je contemple, au dehors,
Des essaims de filles
Jouant à la marelle.
Un pigeon prend son vol,
Une chevelure de jasmin se courbe
Sur un toit.
Un ciel gris,
Une mer, au loin,
Glauque…
Et toi,
Enjambant les Babors
Dans une robe blanche et longue
Telle une felouque du Nil
Battant tes voiles
Sur mes cils
Encore humides.
Tu te glisses
A bâbord et à tribord
Comme pour que mon regard ne t’atteigne.

Accroché à la grille de ma fenêtre,
Je vois bien qu’il peut pleuvoir.
J’essaie de croire au soleil
Mais le gong du souvenir
S’accroche déjà
A ces filets d’eau.

Accroché à la grille de ma fenêtre,
Je te revois
Tel un fildefériste
Entre peut-être et jamais,
Entre en pertuis et un oiseau.

Je te revois
Sur ce tréteau
Pleurant cette voix
Qui te disait :
« Tu es trop jolie. »

---------------

MER II

    Mer,
Sein opulent,
Joie puérile
Qui passe et repasse
Sur les dômes de ma peau pécheresse,
Cathédrale de sensations incandescentes.

Mer,
Caresse éternelle,
Joie retrouvée
Qui féconde par-dessus et par-dessous,
A moitié et en entier,
A l’envers et à l’endroit .

Mer,
Rêve humide,
Joie onirique,
Mon amante et mon monde.
Mère qui berce
Nos cœurs gonflés.

Mer,
Florilège de désirs et de soupirs,
Joie lanugineuse,
Oreiller de larmes,
Calice de mes rêves.

Ô Mer, empire des miroirs !

---------

    A moi l’éternelle douleur
Semée de nos souvenirs.
A moi l’éternel soupir,
L’Eternel regret du cœur.

A moi les loups et les chiens
Puisque j’ai voulu sans toi,
Transgresser Dieu et Sa Loi,
Vivre ce qui n’est point mien.

A moi la poésie noire,
A moi le silence si long,
Perpétuel tourbillon,
Roulis du ciel de ce soir.

-------------

    Dans les yeux et les mots
De mes amis,
Dans les cris de mon cœur,
Dans chaque larme,
Je
   Comprends
                    Que
                           Je
                               T’ai
                                      Perdue…

---------

    Et le moulin joue sa musique,
La feuille, sa valse hystérique,
La rivière, son tango funèbre.

Mosaïque de sons
Où le sang se mêle aux pleurs,
Où chaque soupir
Est fait de silex
Des jours indigestes.

Les ondes de tulipes
Là-haut sur la montagne,
Rêvent toujours de mains vertigineuses,
De cris embrasés,
De vents boréals.
Mais,
Le temps suspend son envol…

Le moulin s’est arrêté,
La feuille est tombée,
Et la rivière chante encore
Son tango funèbre.

------------------

    Aux aurores de septembre,
La Casbah se meurt
Derrière les néons de Bab-Jdid.

Aux horreurs du Temps,
La Casbah descend
Sous la lune phosphorescente.

------------

    Le miroir aussi
Glace le regard
Et le fixe
Sur les nébuleuses
De l’air du temps.

Le miroir aussi
Laisse s’échapper
Une brume
Car il est le porte-parole
De l’esprit.

-------------------
    Peut-être bien que ma destinée
Est ainsi faite :
Aller,
Seul
Tel l’albatros
En quête du sublime désir.
Le désir peut avoir
Un arrière goût de regret.

Aller,
Seul
Comme par le passé
Comme il y a mille couchants
Me mettre face à la mémoire
Pour rôter mes litanies
Et ce long et lent
Souvenir
De naissance.

Mon destin est de rassembler
Toutes les vagues de toutes les mers
Pour en faire
L’écume de mon ire
Pour toutes ces nuits,
Passées à me revoir
Dans chaque coin des miroirs
Qui ornent les boulevards.

Je voudrais réapprendre
A marcher
Moi qui n’ai fait que courir
Souvent
Et voler
Toujours.

Mon destin est là :
Le compte à rebours…

-----------------

    Attendre,
Pas la simple attente,
Attendre la nuit.
La nuit où se reflètera
Chaque geste de mes pensées,
Chaque rêve solitaire,
Chaque murmure dans l’air humide
De la solitude.

Je voudrais faire appel
A tous les Anges du Bien
-les esprits du Mal s’amoncellent sur mon front ;
  les rides sont leur écriture-
Pour me guider
Sur le mont le plus haut
Et aussi le plus lanugineux
Pour mirer
Dans le ciel immense
Et me raccrocher
A n’importe quelle étoile
Pourvue qu’elle ne soit pas
F
I
L
A
N
T
E

--------------

ME SERA-T-IL JAMAIS DE TE RETENIR ?

Je suis demeuré fidèle à un souvenir
Tel le lichen sur l’écorce d’arbres pourris
Qui jettent leurs ombres sur l’herbe brune, ombres nourries
De mirages des ans où je me suis vu mourir.

J’ai regardé et le corps et l’âme du miroir
Et le souvenir avait un goût de poussière.
Mes cils endoloris y jettent leur dernière pierre,
Pour te pleurer comme on pleure ceux qu’on ne peut voir.

Je suis plus près de l’exilé, près du Pôle Sud
Quand je te sais loin de mes larmes, loin de ma peine,
Loin des folies soudaines qu’enfante la solitude.

De mes dents, j’excave le Verbe pour donner vie
Car, au bord de cette torture, tu es mon silence
Comme tu fus ma parole, mon temps et mon essence.
Je veux ton Verbe. Que l’espoir soit assouvi.

Me sera-t-il jamais de revenir aux lieux
Maintenant en lambeaux qui ont vus mon amour ?
Me sera-t-il jamais possible de voir le jour
Pour encore mieux te revivre et voir mieux ?

Me sera-t-il jamais de retenir les brides
De ton amour et t’offrir cette coupe pleine ?
Me sera-t-il possible de vaincre ma lassitude ?

-----------------------

    Cette nuit, le ciel est plus bas que de coutume.
On se sent toujours
Enfermé quand on est triste.
Quand on est maussade, nul ciel n’a d’étoiles.
Le ciel-même ne nous réconforte pas, même si nous n’avons que lui.
Un chant triste est fait de notes tristes. Et c’est pourquoi dans les yeux de cette nuit, je vois une femme assise, recroquevillée, la tête sur les genoux te vêtue de noir.
Elle ne bouge
Ni ne respire.
Il n’y a que ses cheveux noirs
Qui vacillent
Telle la flamme d’une bougie
Lorsque souffle le vent de la peine.

PLEURER !
Ah, si j’en pouvais pour au moins blanchir les pages sombres
De la mémoire.
La dépecer de ses craintes
Sempiternels obstacles
Pour rêver le doux rêve,
Le doux chant de la Vie.

PLEURER !
Ah, si j’en pouvais pour délivrer ce cœur de ses chaînes.


BR
   I
S
     E
                R le miroir qui falsifie le visage du bonheur, l’image de la vie.

SENTIR !
Ah, je voudrais sentir que le rêve est possible, qu’il n’est guère synonyme de la mort lente.

SENTIR !
La main de mon cœur
Comme toute autre main qui se tend à moi,
Comme tout regard que l’on m’offre,
Comme tout mot que j’inspire.

------------

   Attente,
Sublime mystification
Simplification d’espoirs
Impossibles…

-----------

L’ULTIMA FORSAN


    La vie, de son murmure bat
Et me rappelle que j’existe.
Son archer, de ses flèches
Déchire ce rêve de l’Eternité.

Quand sa voix aphone sonne le glas,
L’Eternité s’arrête un instant
Et médite.
Le temps en son instant tentaculaire,
Nous montre l’œil rouge
Et nous invite à ouvrir nos fenêtres
Sur les terres ombrageuses de l’Instant.

Mais quand sonnera l’Heure du Grand Départ,
Le Temps ne sera qu’Eternité
De jours fanés.
Alors,
Les pioches et les pelles
Remplaceront le Murmure de la Vie.

------------------

BAGHDAD COUTUREE

Les oiseaux, les dragons et les mammouths
Crachent le feu de mille ires et insouciances.
Le désert s’enflamme et le pétrole devient sang.
Ce n’est que le remuement d’une tornade :

          Le Vietnam s’en souvient,
          Hiroshima et Nagasaki aussi !

L’espoir de millions de vies échoue
Comme ont échoué les premières bombes dans le Golfe.
Les larmes se mêlent aux cris et au désespoir
De ceux qui ont, en vain, portés le rameau d’olivier.

          Des victimes s’en souviennent
          Des premières balles lancées.

------------

    Je te reverrai
Dans un flocon de neige
Sur une haute montagne
Plus près du ciel
Sur une terre ferme.

On aura excavé mille demains,
On aura trouvé mille lendemains,
On aura pensé mille chemins,
On aura pansé mille hiers,
On aura fait mille prières
Pour un retour,
Pour des retrouvailles.

J’aurai oublié ta peau,
Tu auras oublié mes yeux.

On se reverra
Sur un mont
Quelque part au ciel.
Je te brûlerai de mes mille yeux,
Tu me brûleras de tes mille feux.
Je te langerai dans mille caresses,
Tu me baigneras dans mille eaux
Douces et fraîches.

-------------

ANNIVERSAIRE

    Mon ombre a la senteur de l’ardoise,
Le visage de décembre
Et la voix de la Pampas.

De plus en plus
Je m’avance vers l’infini,
De moins en moins
Elle me ressemble.
Elle a le souvenir amer
Des mains fébriles de l’Enfance.

----------------

    Qu’importe le jour,
Qu’importe la nuit,
Qu’importe naître,
Qu’importe mourir
Si nos voix n’aspirent à rien,
Si le rire devient ire,
Devient cri, devient nerf ?!

Je ne crie rien
Hormis « Paix »,
Epitaphe de ma Nef égarée.

Que vous soyez de gauche ou de droite,
Du milieu, d’en haut ou d’en bas,
Sachez que le cheveu
Tombe sur les épaules
Et le poil
Sur la langue.
Oui,
Le poil,
La salive,
La langue…

-----------------

   Et ces ours de fer sans ombres,
Et ces mangles sans eau
Qu’ont-ils à peupler
Nos jours et nos nuits ?

De mare en cauchemar,
Le suaire raconte
L’histoire de quarante mois,
L’histoire d’une jeune fille
Répudiée avant le chant du coq.

Ici, au pied de l’aubépine
S’évanouit l’aurore.
Ici, sur l’asphalte de l’horreur,
Erre le funambule d’octobre.

------------

   Pourquoi ombre lointaine
Mais distincte
M’obsèdes-tu ?
Pourquoi rêve fugitif
Mais récidive
Egrènes-tu mes pleurs ?
Pourquoi ne songé-je qu’à toi ?
Toi que pourtant mes mains
En un instant brumeux
Ont laissé nébuleuse.

Ma nuit n’est que nuit
Et encore nuit est ma vie.
L’oubli n’est que métaphore
D’implacables souvenirs.
La nuit ne luit
Dans ces rues
Où j’oublie jusqu’à mes pas.

Ma nuit
Est longue
Comme l’oubli.

----------------

    Quand viendra l’été,
Il te trouvera crachant
Les entrailles d’hier.
Alors,
La fièvre aura raison de toi.
Ta tête explosera de ses mille maux,
Ton corps tressaillira
Au gré du vent d’hier
Telle une feuille morte
De l’automne.
Et le froid sera ton compagnon
Fidèle.

Mais quel froid plus cruel
Que le froid de l’été !

-----------------

    A l’orée des muettes pensées,
La roche s’effrite
Puis se fracasse
Dans l’eau boueuse du temps.

Les larmes sont des âmes en peine !

Pendons-nous à l’Heure
Ou tournons le dos au vent glacé
Car ce qu’il y avait Hier,
Y est Aujourd’hui
Et sera Demain.

Crucifié sur le front de l’Autre,
Le Renouveau est dans la rue,
Le Destin dans nos mains.

----------------

    Amoureux d’une illusion qui n’est rien d’autres que véritable silhouette, je traverse les vals et les plaines des sentiments interdits.

J’ai peurs de vivre
Parce que j’ai peur
De vieillir et de mourir.
Et pourtant
Je vis…

Je vis incessamment le conte brutal d’une vierge répudiée avant le chant de l’aube.
Je vis intensément le conte poignant d’une blessure de naissance qui ne cesse de pleurer dans les yeux d’une âme solitaire.
Les rêves mutilés,
Le réveil brutal
Et le bâillement des regrets
Pleurent aussi l’histoire
D’un Bohémien, d’un cœur tel un quai
Dénudé de navires ou tel un filet
Qui ne voit que l’eau salée
S’égoutter…

J’ai peur de vivre
Parce que j’ai peur
De vieillir.
Et pourtant
Je vieillis…

Je vieillis incessamment pour des nuits passées à retravailler l’histoire impossible d’une âme en détresse, déjà consumée par elle-même et décatie par le souffle de la vie.

Je vieillis comme vieillissent les mamelons du nopal, tels les sarments un soir d’hiver quand le vent balaie les empreintes du matin en quête d’une vérité.

J’ai peur de vivre
Parce que vieillir
C’est mourir.
Et pourtant
Je meurs…

Je meurs pour les quatre saisons qui se renouvellent dans ma vie à chaque instant, à chaque soupir d’une âme moribonde.

Je meurs pour les quatre moissons
Qui sont les quatre raisons
Des quatre saisons :
Les quatre as…

Je meurs pour l’Amitié trahie quand le lierre a commencé à grimper sur les façades des richesses intimes. Je meurs pour l’Amour impossible, pour une naissance reconvertie en souffrance. Je meurs pour l’Absence qui s’assimile à l’Attente ; car l’Absence ne fait pas souffrir quand elle vient seule. Ce qui est pénible, c’est l’Attente. Car l’Attente attend toujours.

J’ai peur de vieillir
Et de mourir
Avant de vivre…

------------

    Sur les murs décatis
De la vieille Bougie,
Le souvenir saigne
Et le verbe tombe
Dans l’âme d’un poète
Solitaire.
Oui,
Le marbre de la solitude est lisse
Mais froid.

Seul,
Derrière ce rideau de vacillantes
Images,
Je vois que Bougie
Ne chantera pas ce soir !
Mon souffle ne mourra pas
Sur cette vitre,
Il transpercera l’impénétrable
Et courra en un cri
Les venelles de Bougie.

Chacun tue en lui
La chose qu’il aime.
Chacun tue en lui
La personne qu’il aime.
Chacun se bâtit des châteaux
En Eldorado et les détruit.

Je vois que Bougie
Ne chantera pas ce soir !
Mais elle illuminera le sentier
A ceux qui en cherchent un
Ou veillera sur les braises
De ceux qui veulent vivre en justes
De ceux qui ne croient pas
Qu’ils doivent mourir
Avec la mort d’une rue !

Chacun tue en lui
La chose qu’il aime.
Chacun tue en lui
La personne qu’il aime.

----------

    Une pierre
Et une autre
Dans l’abysse de l’Attente.
Une voix,
Ta voix,
Ma voix…
Echo synthétique
Du lent retour.

Revoir,
Croire,
Savoir,
Pouvoir,
Litanies
Qui désapprouvent
Le non-retour.

-----------

à Doniazed,
à Kamil.


    Laissez parler mes yeux
Car ma voix ouvre
Les pages blanches de l’Absent.

Laissez parler mes mains
Car mon cœur est lié aux vôtres
Depuis la nuit de l’Absence.

Laissez parlez mes larmes
Car vos petites mains
Me retiennent et avivent
Le souvenir de l’Absence de l’Absent.

--------------

   Il y a des nuits qui ne finissent pas
Telle une douleur pécheresse.

Il y a des symphonies qui ne s’achèvent pas
Tels les amours avortés.

Il y a des rêves qu’on atteint pas
Tel un mirage saharien.

Il y a des contrées qu’on n’embrasse pas
Tel un fruit défendu.

Il y a des choses qu’on ne possède pas
Telle la vie.

----------------

A NADIA GUENDOUZ

    A ma porte,
Une bourrasque
Tel un roulement de tambours
Fait vibrer les poutres de ma maison
Et me parle de silence,
                    De suaire,
                    De sépulture,
                    De sépulcre.

Nadia,
L’obscurité s’entremêle avec la lumière,
La lumière avec les chaudes stridulations
Du suaire funambule.

A nous le Grand Départ,
A Lui le Retour.
Car la Main de Dieu
Dessine et efface
Toutes ces fresques
Ici-bas.

Nadia,
Ta mort est un peu notre mort.

-------------

    Une brise hermétique
Me compresse sous une aile
Mélancolique.

La tristesse
A les yeux d’un aigle,
Le front d’un ciel bas,
Les griffes d’une hyènes…

------------

LE MONT RAYA

    Eternellement
Allongée vers l’Est,
Gouraya
Tu guettes l’horizon
Et scrutes la Kaaba.

Subrepticement,
Tu émeus la foule
Qui valse à tes pieds.
De ta couronne,
On entend
Ce brouhaha
Fait d’éjaculations
Juvéniles
Et d’incantations
Explosives.

Tu embrasses tout,
Tu enlaces tout,
Tu couves tout.
Mais nul ne t’atteint
Sinon la da’awa et les zerdat païennes
Sinon nos yeux
Rivés vers toi
Viscéralement
Tel l’héliotrope.

---------

ENFANTS DU MONDE

    Je vous dirai ces enfants marginalisés
                                  Séparés de la terre,
Enfants de Jonestown, du ‘People’s Temple’ brisés,
                                 Cyanure sur leurs chairs.


Je vous dirai ces chairs mangées par la terre-mère
                                 Ces enfants de Baghdad
Qui foisonnaient, bouches en fleurs, aux abords d’une guerre
                                 Tant absurde que malade.


Je vous dirai ces enfants de la pierre libre
                                 Palestine torturée,
Ou ces ‘visages brûlés’ à un seul rêve : Vivre !
                                Enfants dénaturés.

Ô enfants qui allez en transhumance du Rêve
                                En quête de papillons,
D’horizons azurés, de jouets et de sève
                                Ou bien de jours saillants.

Enfants martyrs et enfants que l’on fait partir
                                Enfants trahis, trompés,
Enfants à qui l’on apprend aussi à mentir,
                                Nous, seuls, sommes les dupés.

----------------

   Le sentier qui mène
A ma demeure
Est pavé de tessons
D’un passé
Irrévocable,
Irrésolu.

Au zénith le soleil brûle mes pas.
Je n’atteindrai
Jamais
Demain
De ces images inachevées.

Qu’il est dur
De traverser le néant
Un soir d’été
Pendant que l’âge s’égare.

Le temps
Cet impatient mouvement
Nous bouscule,
Nous bascule,
Nous accule.

Le temps est sans mémoire.

-------------

POUR UNE ŒUVRE D’ELMES

Le temps est tripode
Trinervé
A trois temps,
A triton.

Le passé
Est triptyque.
Bleu
Tel l’infini,
Profondeur abyssale,
Signe matériel,
Rêve irrévocable.

Le présent
Est trivial.
Blanc
Te le vide,
Profondeur superficielle,
Signe intelligent,
Rêve humide.

L’avenir
Est trituré.
Rouge
Tel un mirage,
Profondeur inaccessible,
Signe divin,
Rêve lancinant.

Sublime et miraculeux
Delta
Du glyphe fécondant
Le feu,
L’eau.

Destin qui trisse
Le verbe :
« Sois ! »
et, il est :
« Homme,
Femme,
Enfant »
Eternelles éphémérides :
Blanche apparition,
Verte évolution,
Indigo destruction.

Répudiation ternaires :
3= 2 + 1.

----------------

LES SINGES

    Les singes n’ont besoin
De bouquets de roses.
Leurs poils
Oriflamme
D’une misère latente
Leur tombent sur la langue.

A l’insu de l’innocence,
Ils brisent le temps et la croyance.
Ils branlent le glaive au nom
D’une divinité créée,
Tangible à leurs sens,
Tangible à leur nom.

Le monde s’écroule à leurs pieds
Et l’innocence pleure de misère.

-----------

DE PROFUNDIS ( I )

Une main sauvage
Une conscience animale
Suspendent les masses.

Consterné,
Le peuple ne fait que balbutier
Des mots aphones.
Sa mémoire,
Son sauveur
Sont confisqués.

Une main sauvage
Jette le voile.
Une conscience animale
Confisque au peuple
Sa meilleure page
Pour que les routes s’entrechevêtrent,
Pour que les masques ne tombent,
Pour que la comédie continue.


Une main criminelle
Et
Un rêve violé,
Un espoir cacochyme,
Un homme confisqué,
Un avenir couturé.

Mon frère,
Donne-moi la main.
La nuit,
L’Absurde
Ne font que s’annoncer.

--------------

DE PROFUNDIS ( II )

Sur nos visages épars,
Les mots s’égarent,
Le silence devient mutisme.

Dans la prairie aux bourgeons d’espoir,
Une main cruelle fauche une onde de fleurs.
La prairie est assassinée…

Sanguine, l’herbe se dessèche au soleil de juin.

Sur nos visages blêmes,
Les mots nous sont confisqués,
Les glycines deviennent gals.

Et, l’herbe qui résista aux tourmentes de l’hiver,
Sanguine, elle se dessèche au soleil de juin.

------------------

    Mémoire !
Ma moire
De mes mots noirs,
De mes maux noirs.

Ma mémoire !
Mes mots ire,
Mes maux ire.

Oh, ma mémoire !!!

------------

    Merveilleuses ruines du passé,
Ce seul bien qui m’est resté
Avec un faible son de ta voix.
Debouts et élancés, elles sont là
Témoins de rêves innocents.

J’attends (à supposer l’impossible)
Que tu reviennes un jour
Sur le lieu d la cime
Remémorer chaque recoin du passé,
Chaque brique de la bâtisse.

J’attends que tu reviennes un jour
Tes cheveux au vent
Pardonner mon errance,
Relever mon front de la pierre
Et essuyer ma mémoire de sa fièvre,
Impossible abrupt de l’erreur.

J’attends que tu reviennes un jour
Mêler tes pleurs aux miennes,
Crier ton ire
Et délivrer nos âmes.

J’attends que tu reviennes un jour
M’éplucher un pamplemousse.

------------

  Il se peut que cette litanie ne te parvienne point. Mais qu’importe !!! Il faut bien que je lâche mon cri à travers les ondes de l’écho pour mutiler, et puis assassiner le silence incandescent d’un rêve solitaire. Il faut bien que je lance ma pierre dans l’abysse aphone pour réveiller les voix qui y sommeille. Ce n’est pas pour calmer mon ire que je t’écris. Et je n’attends guère que tu berces cette plénitude ni d’ailleurs que tu te jettes devant la statue du pardon…Je…veux…vivre !!!

-------------

   Que le vent gonfle mes voiles,
Que ma felouque brise les vagues,
Que scintille l’horizon,
Que commence mon voyage.

Que cet enfant de la rosée
Apprenne le court souffle
De la longue vie,
Qu’il découvre le sentier abrupt
Du printemps assassiné.

Que cet inutile voyage
Le mène vers l’amont de la vie
Où s’ouvre toujours une porte
Vers l’infini.

---------------

   Que fêtons-nous, mes frères ?
L’Indépendance historique
Ou le rêve fantasmagorique
Aux mille mains,
Aux mille manipulations
Et qui risque de ne pas voir le jour ?

Je sais que nous fêtons
Notre indépendance
De cinquante mille maillons
D’oppression,
De servitude.

Je sais que nous fêtons
Notre indépendance
Et notre courage.
Mais,
Il reste une fête à fêter :
Celle de la vraie révolution
De nos consciences,
De nos gestes,
De nos mots,
De nos rumeurs.


 

Noter cette page

0/10 sur 0 vote

Sélectionnez une note dans le menu déroulant.
Commentaire (0)

Aucun commentaire

Ajouter un commentaire
Vous

Votre message

Plus de smileys

Champ de sécurité

Veuillez recopier les caractères de l'image :



Dernière mise à jour de cette page le 05/11/2007
TOUS DROITS RESERVES FARES BABOURI 2006-2009

Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - Voir d'autres sites dans la catégorie Général
Videos Droles - Clips musique - Cours création de site web