POESIE III

Je suis ivre des feuilles d’automne
Et des choses que l’on ne nomme
Que dans la pénombre
Des soliloques.

Chartres, 12 janvier 2002

L'exil dénoncera la perfidie de ma terre
Où marchent des hommes vides
Mais comme le lierre,
Ils aspirent à l’éloignement
Pyramidal des herbes enchantées.

L’exil est une double peine
Que l’exilé se donne à lui-même
Comme le lierre qui monte,
Monte
Et monte,
Mais qui s’étrangle dans sa course
Pire-amygdale.

Chartres, 3 février 2002   21: 08

 

Toi que je nomme dans mes silences
Tumultueux
À l’abri de tes iris
Et du firmament doux de tes étreintes
D’antan.
Tu es la raison qui troque
La nuit en jour et qui lénifie
L’égarement juvénile.

Toi que je nomme dans l’absence
Des moissons et dans la Perte Fatale.
Dans ton sein tourmenté
Tu as toujours connu
La légende mutilée et du ô combien étouffée
Du muguet.

Toi que je nomme
Tu es l’Amour
Car il n’y a de premier ni de dernier Amour
Que celui d’une maman.

Chartres, 3 février 2002   21: 30

 

Qui adoptera mes plaisirs interdits
S’ils sont orphelins?
Qui, sous la lampe de mes ans,
Saura libérer le papillon de nuit?
Qui saura murer l’effluve
Lunatique de ce corps fourbu?
Comment arrêter ces plaisirs nocturnes
Au moment du reflux de la vie?

Chartres, 3 février 2002   21: 56

 

Tu ne peux deviner
Ce lumineux grouillement
Des ombres et des lumières,
Des pierres et des eaux,
Des rosées et des mirages.
Et de tous les Cieux
Les atomes vibrent en chœur
Pour honorer
Celui que toi, ô homme perfide
O loque orgueilleuse
Tu obombres de ton ignorance.

Chartres, 13 février 2002

 

La rosée de l’absence
Reconstituent les larmes écumeuses
Dans la nidation de la dépendance
Et la mer arrive…
Elle arrive comme une promesse
D’herbes flagellées par les hésitations de la brise
Puis les déguise
Tantôt en mer glauque,
Tantôt en étang
Qui se moquent
Des frocs que le soleil se taille
Derrière les masques difformes des nuages.

Que je sois mer ou étang,
Je reste toujours fidèle à cette eau première
Dans laquelle je puise
Mes forces et mes faiblesses
Mes larmes et mes allégresses.

Je suis une mer de tant d’encres salées, versées dans la médiation du jour et de la nuit. Je suis issu de la procuration d’un dessin d’enfance entre une encre de Chine et une encre de laine.

Chartres, 22 février 2002   Aïd-el-adha

 

Un arbre pleureur pend ses branches
Sur moi
Sous un crachin d’avril
Et la Seine belliqueuse,
Dans sa descente fugueuse,
Tire les pans du saule
Que le vent a jeté
Pour pêcher
Le temps qui coule
Au crépuscule du printemps.

Et si dans le fourmillement de la vie,
Les années sont processionnaires,
L’homme assiste spectateur
Au fardeau que la vie
Lui dépose sur le dos.

Paris, 29 avril 2002   16 : 13

 

EST-CE QUE…?

Est-ce que les oiseaux sont heureux
Lorsqu’ils gazouillent dans la ville métallique ?
Est-ce qu’ils sont libres
Lorsqu’ils planent dans le ciel hermétique ?
Est-ce qu’ils sont migratoires
Lorsqu’ils s’en vont en relique ?
Ou est-ce que leur chant
N’est que soliloque
Au milieu des rumeurs mélancoliques
De l’homme apocalyptique ?

Paris, 3 mai 2002   12: 52

 

L’homme est las
D’être un pont jeté
Entre deux intervalles
Que la raison ankylose au milieu du parcours.
Quand coule sous lui le fluide
Cramoisi,
Son mal est de braise
A l’heure de la figue.
Il titube dans le vestibule de la vie ;
Et la main fœtale le précipite
Dans le giron osseux de la terre tuméfiée.
Entre l’être et le néant,
L’homme oublie d’être.

Paris, 3 mai 2002   13: 03

 

AU CAFE

Je remue mon thé…
Et dans ce tourbillon sucré,
Je revois des hommes enturbannés
Suivre la danse de la cuillère
Comme des derviches tourneurs.

Entre dunes et pierres,
J’entrevois tes yeux dénudant
Ma pudeur ;
Alors, les yeux baissés,
Je te revois dans mon thé
Comme un Gaulois au sourire fleuri
Guettant patiemment le lever de mes iris.

Entre Touareg et Gaulois,
Entre erg et reg,
Entre miel et fiel,
Je bois mon thé
Qui se verse dans mon cœur…

Paris, 3 mai 2002   17: 50

 

CHÂTELET

Sous les applaudissements du clapotis de la fontaine de Châtelet, je tire ma révérence à la rumeur des passants en guirlandes.
Ils sont seuls dans la foule,
Et je suis une foule dans ma solitude !
Car par le souvenir de l’olivier,
                               du figuier
                                et du pain
De ma mère, je retrouve la clameur et la rumeur des nuits qui ont bercé ma jeunesse.

Par cet appel du lointain,
Je t’exhorte, ô mon cœur
De désarmer tes tourments,
Et même dans cet exil,
De cueillir le mouvement de la vie.

Par ce ciel ouvert sur moi,
Je te supplie, ô mon cœur
De ne point déshonorer mon front
Sur l’asphalte du temps.

Paris, 3 mai 2002   19: 07

 

EN MARCHANT DANS PARIS

Heureux les étourneaux qui écument le ciel
Redéfinissant les sentiments épars
Sous le regard
Des visages hagards
Des cyprès
Si prêts
Des prés de la mort.

Quand les fontaines tarissent,
Les larmes se relèvent
Sur le lys blême de la place aux solitudes.

Nos lèvres brûlent de tant de distances
Et de ces adieux toujours renouvelés.
Si nous nous rencontrons
C’est pour mieux nous parsemer,
Et quand sonne l’heure d’aimer
Il y a toujours des « mais »,
Et quand je veux vieillir,
Il faut déjà mourir.

Paris, lundi 6 mai 2002   14 : 15


SCENE SUR SEINE

Je relis mes écrits
Et la Seine les lit avec moi.
Elle se rit
De mon orthographe aquatique
Et de ma syntaxe lacrymale.
Quant aux Bateaux-mouches,
Ils se foutent de la ponctuation
De mes yeux qui découvrent
Une vie en points de suspension…

Ô vous les Bouquinistes,
Arrêtez les mots
Des maux que je n’ai jamais pu exorciser.

Ô toi Cathédrale, si monumentale,
Arrête de déranger ma nuit cérébrale.

Ô toi métro abyssal,
Tu es le reflux de ma peine viscérale.

Paris, lundi 6 mai 2002   16 : 11


SUR LE PONT DES ARTS

Décidément
Paris n’est pas fait pour mon pauvre cœur.
Je ne supporte pas sa splendeur.
En traînant mon moi
Sur ses quais,
Je tombe en émoi
Comme ce flûtiste qui joue mes airs de jeunesse
Et qui redonne du souffle
A mes courses juvéniles.

De mes yeux inondés,
J’enjambe les ponts féeriques
Pour rendre mien
Cet empire minéral auquel, chaque jour, j’ajoute une goutte de mes larmes.

Paris, mardi 7 mai 2002   15 : 19

 

AU CARROUSEL DE L’ATTENTE

Ce tréteau de bois dit
Ce que je ne puis dire :
Il m’offre une page à l’ombre des platanes
Et sait qu’au moment du repos des nervures,
Je dois déserter la toile
Comme un pinceau arthritique.

Nous nous donnons en pâture
A des décors diurnes
Aux alentours des cœurs bouturés.

Nous perdons notre parfum
Avant même l’éclosion
Et tel un poème en réclusion,
Nous nous mordons les doigts
Sous la toiture de l’attente.

Le bois n’est plus bois
Quand il boit nos silences
Et fait tinter la confusion des cœurs
Dans ses orgies noctambules.

Ah, je vis doublement
Sur ce tréteau de bois
Ma vie et celle de mes amis
Egarés
Sous les projecteurs
Du théâtre de la vie.

Ah, je vis doublement
Sur ce tréteau de bois
La minute présente
Et l’autre, la dissidente.

Je vis doublement
Tiraillé par être ou ne pas être
A cause de cet ailleurs
Que tu bois jusqu’à la lie.

Et en attendant…
Je vis doublement
Pour avoir l’impression
De vivre vraiment.

Paris, mercredi 8 mai 2002   14 : 47

 

Le vent soulève une poussière
Blanchâtre
Et laisse entrevoir les dessous
Du jardin
Où chacun, tôt ou tard,
Partira en noctuelle.

C’est ici que tout s’achève :
La splendeur des fleurs
Et la langueur des arbres
Entourés de l'herbe illusoire
Des paradis rêvés.

Ici s’achèvent aussi
L’amitié et l’amour
Stigmatisés par les statues de marbre.

Paris, mercredi 8 mai 2002   16 : 16

 

TOLLE

J’ai une montre qui ne fait pas de bruit
Au carrefour du Temps.
Tiens, prends-la…

J’ai des cartes postales
Qui lavent les yeux ubiquistes des exilés.
Tiens, prends-les…

J’ai une galette et des olives noires
Qui rassasient le nomade.
Tiens, prends-les…

J’ai un livre séricigène
Qui pave les lendemains.
Tiens, prends-le…

J’ai des larmes libertines
Qui étanchent l’âme.
Tiens, prends-les…

J’ai le cœur en forme de pont
Que je jette à tes pieds.
Tiens, prends-le.

Paris, mercredi 8 mai 2002   20 : 38

 

La vie est un rêve
Où seul celui qui a les yeux
Ouverts
Se lève
Où celui qui les as fermés,
Au réveil, il crève.

Paris, 10 mai 2002   15: 39

 

LE PO-AIME INACHEVE

Ce matin-là les géraniums
Suspendus à ta fenêtre
Etaient rouillés dans leur fatum
Du paraître et de l’être.

Les ans aussi ont leurs froncis
Sous lesquels le front est trahi.
Et sur le récif du récit
De la vie, on reste ébahi.

Mais quand la peau a la senteur
Du melon, la vie devient fleur.

Paris, lundi 13 mai 2002   09 : 13

 

QU’EN EST-IL… ?

Qu’en est-il
Des songes
Qui nous prennent en aparté
Devant les impudeurs de la nuit ?

Qu’en est-il
Des ailes
Que nous nous taillons au matin
Pour exister dans notre voyage icarien ?

Qu’en est-il
De cet oubli
Que nous rencontrons dans chaque recommencement
D’un commencement d’une fin,
D’une fin d’un commencement ?

Qu’en est-il
Du miroir
Que nous ne reconnaissons pas
Sous l’orchestre fardé de nos espérances ?

Qu’en est-il
Du réveil craintif
Lorsque nous déjeunons en tête-à-tête
Avec l’inconnu qui prolonge
Les ailes
Des songes
A l’oubli
Du miroir
Craintif ?

Paris, 15 mai 2002   14: 27

 

Pardonne-moi
Car j’ai épuisé mes mots
Avant que tu n’arrives.

Et…
Cette brise balaie
Cet endroit et emporte tout :
Les feuilles mortes,
Les mégots épuisés,
Les bouts de papiers
Et abandonne ces cailloux.

Je t’offre ces cailloux
A défaut de mots.
Ouvre ton cœur
Et écoute :
« Plouf,
Plouf, plouf ! »
Tu entends ?
Cela signifie : « Je t’aime ! »

Paris, 16 mai 2002   17: 46

 

Quand le vent souffle
Ne soit pas un cèdre,
Mais un roseau
Qui entonne
La mélodie de la Vie.

Chartres, 18 mai 2002   18: 57

 

C’est que je t’attendais
Que nous nous sommes
Rencontrés.
Tu es arrivé boitant
Tel un papillon de nuit
Fuyant la nuit
Et portant l’épacte sur le dos
De l’attente.

C’est que je t’attendais
Que j’attendais.
Et puis
Nous nous sommes évaporés
Pour prendre un pot autour du pot
De nos confusions
De nos absences.
Et dans le baiser papillon,
Nous avons donné leur envol
Aux étoiles du matin
Pour mieux les mariner
Dans nos yeux
Au prochain jour.

Chartres, 18 mai 2002   13: 49

 

Dans la méharée
De tes mains dans mes mains,
Je n’ai prétendu
Qu’à l’éternité des lucioles
Sous les étoiles scintillantes
De mes ongles fouinant tes ongles.

Je n’ai prétendu
Qu’à l’éternité des orgasmes
Comme une larme qui se mêle
A la mer pour éviter de tarir.

Chartres, 18 mai 2002   14 : 27

 

Nous irons obombrer
Nos amours mortaisés avec nos cascades
Joyeuses
Et nous nous rirons
De nos visages mortuaires
D’antan.
Et dans le temps qui suivra
Nous nous inventerons
Les leurres d’Amour.

Chartres, 18 mai 2002   15 : 47

 

Mon cœur est un arbre fruitier !
Viens cueillir les plus beaux fruits
Et même s’ils sont destinés pour ton pressoir,
N’oublie surtout pas
Que les fruits
Ça se cultive !

Chartres, 17 mai 2002   18 : 57

 

Pars si tu veux, tu peux t’en aller
Comme le noroît
Ou comme la poussière aux talons.
Tu peux t’en aller
Et si tu veux,
Si tu peux
Emporte mon âtre,
Le hêtre dans le jardin,
Et quant à mon être
Confie-le à Dieu
Qui ne perd pas les Siens.

Chartres, 18 mai 2002   15 : 22

 

UNE ELEGIE POUR UNE TANTE

Une énième feuille tombe
De l’arbre familial,
Le tronc vibre de cette chute
En colimaçon.

Pour l’énième fois
C’est par le téléphone
Que j’apprends
La danse macabre
Et le festin funèbre
Des vers de terre.

Lorsque nos miens s’en vont,
C’est toujours un peu
De nous
Qui part
Avec eux.
Lorsque les pioches heurtent
Le roc,
Elles heurtent aussi
La terre de nos cœurs.

La main crispée
Sur l’impossible
Pour retenir le suaire des ombres
Qui descendent couchées
Sur la terre humide
Du long voyage.

Les larmes sont des cendres
Sous les mailles des braises
Incandescentes
De la dérobade
De la Vie.

Nous nous retrouverons là
Où fleurissent les pierres
A l’alambic de la lumière.

Chartres, mardi 21 mai 2002   13 : 13

 

Je ne voudrais pas aller
Au devant des ondées d’herbes
Car je ne sais pas de quel côté
Souffle le vent.
Et dans le va-et-vient,
Je ne veux épuiser
La sève de ma course.
J’attendrais
Que cesse l’inconscience
Du vent
Et la dilacération des herbes
Pour reprendre
Ma marche
Sur le cœur éveillé.

Chartres, 21 mai 2002   15 : 12

 

Si j’avais été
Pesant
Comme le lierre,
Si j’avais été
Bavard
Comme les idées,
Si j’avais été
Menteur
Comme la fleur,
Tu m’aurais aimé.
Mais voilà
Que je suis
Une forêt
Qui s’adosse au ruisseau
Du temps,
Je suis une mer
Qui désire le rivage
Et qui embrasse
Dans ses rêves
Aquatiques
Des îles impossibles.

Chartres, 21 mai 2002   13 : 25

 

Tu réinventes l’Attente
Telle la femelle du jacana
Qui crucifie sa progéniture
Obligeant le mâle
A s’accoupler de nouveau.

Tu réinventes l’Attente
Car en elle réside
La meilleure posture
La meilleure imposture
De l’Amour.

Chartres, 25 mai 2002 


J’ai préparé mon voyage
Sous l’œil absent
De ma mère
Et sur la route des oliviers
Qui s’effaçait derrière moi,
S’ouvre sur moi
La route des chênes.
Sous la métaphore d’un olivier,
Je dénoue le torchon
Dans lequel ma mère a mis
Mes victuailles.

Je trouve un mouchoir
Encensé de baisers,
Une gourde contenant
Une… Larme
Et une lettre :

Mon enfant,
Sur la route, il y a toujours
La route,
Et la rivière de l’Absence
Est longue.
Pour raccourcir le deuil des jours,
Jette ce tissu
Entre les deux rives
Et si la rivière est boueuse,
Jette la larme
Pour voguer en paix.

Mon enfant,
Si tu as soif,
Bois de mes larmes.
Si tu as faim,
Mange de mes bras qui t’ont bercé.
Si tu as peur,
Illumine-toi de mes yeux.
Si tu es malade,
Prends de ma santé,
Et si tu veux rentrer,
Mon cœur est le plus sûr
Des logis…

Chartres, 23 mai 2002  

 

Ces éclats civilisationnels
Ne me délivrent pas de la torpeur
Du spleen hexagonal.
Et même si le bleu parisien
M’arrache un sourire,
Il ne peut arrêter
Le cœur de s’évider
Dans la hiérarchie de l’exil.
Le jour reste une chimère
Qui effrite les espérances
Et renvoie le lotus
Dos à dos
Avec le leurre du retour.

Chartres, 29 mai 2002

 

Je me suis souvent demandé
Comment meurent les libellules
D’ennui,
Au matin,
Les ailes tournées
Contre le soleil pathétique.

Non, les libellules n’ont pas d’ailes
Au moment du déploiement de l’aube…

Je me réveille insensible
Aux rêves ailés de la nuit,
Et je vois cet autre
Allongé comme le sommeil.

Je me lève et me jette
Quelques larmes sur le visage,
Et entre une prière évidée
Et un café dévidé,
Je prends la rue à mes pieds
Laissant cet autre
Allongé comme le sommeil.

Je traîne dans la rue
Prostituant mes yeux
Avec les éclaboussures de la vie.
Mais mes yeux sont vides
Comme les rails du chemin de fer
Au seuil de ma ville,
Et mon cœur est sans vie
Car j’ai oublié
De me réveiller
Ce matin.

Chartres, 29 mai 2002

 

Ami,
Tu me donnes des nouvelles
De la mer
Dont j’ai désappris
Les algues,
Les écumes
Et la salaison.

Ami,
Tu me parles
De ses ressacs
De ses ressassements secs
Et des dernières vagues
Qui vaquent aux larmes sempiternelles.

Ami,
Dis-lui
Que toutes mes larmes
Mènent à elle.

Chartres, 29 mai 2002

 

JE T’AIMERAI…

Si tu me laisses le temps
D’avoir le temps
De me regarder en toi,
Je t’aimerai.

Si tu ne fomentes pas l’Attente
Dans l’oubli de moi
Derrière le voile de l’indifférence,
Je t’aimerai.

Si au lieu de m’exiler dans tes départs
Tu m’exiles dans ton cœur
Et me peuples de toi,
Je t’aimerai.

Si tu es l’autre aile
Pour équilibrer l’Amour
Dans son expression céleste,
Je t’aimerai.

Si tu oublies ta soif
Pour étancher la mienne
Comme moi j’oublie ma vie pour diaprer la tienne,
Je t’aimerai.

Si comme les fleuves
Tu te jettes à la mer
Pour la retenir pour moi,
Je t’aimerai.

Si un jour tu me fuis
Pour me chercher
Et me retrouver,
Je t’aimerai.
Je t’aime.

Paris, 14 juin 2002   10 : 20

 

Si j’ai à choisir
Entre les laves incandescentes
Et les laves solidifiées,
Je choisirai les incandescentes,
Si tu l’étais.
Je te laisserai me brûler
De ta langue
Pour te signifier que ma peau est tienne.
Je répondrai à ta course
Par ma fuite vers toi
Pour te dire qu’il n’est bon vivre qu’en toi.
Je regarderai de mes yeux exilés
Ton cœur en procession
Et y jetterai mon cœur
Pour lui donner plus de force
Comme lorsqu’on brûle le métal pour qu’il devienne or.
Je forgerai mes attentes
Dans les absences de tes borborygmes verbaux.
Alors, dans cette envie infernale,
Je pourrai te dire :
Le Paradis, c’est Toi.

Si tu es une lave solidifiée,
Je ne te dirai point :
L’Enfer, c’est toi.
Car dans mes quêtes solitaires
Et lors de tes absences,
Je t’appliquerai sur le front de l’Attente.
Et dans mes désirs indécents,
Ton souvenir incandescent
Saura rafraîchir mes plaisirs et assagir mes folies latentes.
Tu me serviras de sommet
Et le monde me sera raccourci
Puisque les plus courts chemins
Sont ceux que nous empruntons
De cimes en cimes.

Mais si tu n’es ni l’incandescente,
Ni la solidifiée,
Alors je trouverai une place
Dans la cloison de l’enceinte de ma mémoire
Et vivrai comme l’âme :
Sans vie,
Avec des souvenirs.
Je serai libre
De t’aimer,

De te haïr,
De te héler,
De te rejeter,
De te rapprocher,
De te bannir.
Je serai libre
Comme au premier rendez-vous
A l’Empire du café sans sucre
Et de l’orange pressée.

Paris, 20 juin 2002   13 : 13

 

LE SINGE ET LE CROCODILE

Un jeune singe ayant été maltraité,
Prend la route du bois de l’éternité.
Il mange des bananes assis sur l’arbre
Au-dessus de la rivière macabre.

Le singe jette les épluchures de son fruit
Qu’un crocodile ramasse goulûment, puis
Dit qu’il ne peut s’agir que d’un ami.
Il émerge et voit un singe ébahi.

Très vite, le crocodile noue amitié,
Et le singe veut oublier son passé
Loin des chasseurs, des méchants, des altiers,
Rejoint le crocodile sans y penser.

Un jour, la rivière devient menaçante :
La fille des abysses est agonisante ;
On la promet à qui la délivre.
Le crocodile à cela est ivre.

L’unique remède est bien le cœur d’un singe,
Alors le crocodile réfléchit, songe
A son ami dans un simple subterfuge :
Il y a une fête au fond, je te laisse juge.

Nous sommes conviés à la fête de la belle.
Peut-être serait-elle éprise de toi, bel
Ami qui m’avait donné à manger,
Qui m’avait accepté sans préjugés.

A mi-chemin, le crocodile annonce
La pure vérité avec nonchalance.
Sans crier, sans avoir peur, sans singer,
Le singe dit : « Mais tu aurais pu songer

Que nous les singes nous suspendons nos cœurs
Aux arbres pour mieux profiter l’heure.
Si tu me raccompagnes à la surface,
Je t’offre mon cœur, je le jure par ta face.

Certes, je le ferai pour t’offrir la belle.
Et pourquoi ne le ferais-je ? Tu es l’aile
Qui m’a portée, qui m’a bercée un jour
Alors que je fuyais un passé lourd. »

Arrivé là-haut, le singe fait la belle :
« Je crois tu as suspendu ta cervelle !
Il ne faut, je te conseille mon ami,
Jamais mordre la main qui nous nourrie ! »

Paris, 22 juin 2002   13 : 30

 

OMERTA

Si tu ne supportes ni mes reproches
En intaille ni en camé,

Si tu m’imposes l’occultation de mon Verbe
Alors que je veux crier mon corps,

Si tu ne sais pas que la mer se dévoile et donne
Le meilleur d’elle-même en se remuant,

Si tu penses que j’ai toujours raison
Au détriment du coulis de ta volonté,

Si tu crois que j’anglaise tes hasards
Pour venger mes attentes,

Si tu marges ma quête de toi
Alors que je veux manger ses lignes,

Si tu t’interroges sur mes retours pédestres
Au milieu de la ville lascive,

Si tu ne me laisses élever mon amour
A l’Olympe du jour,

Si peu importe pour toi
La pureté cunéiforme de mes yeux,

Si tu ne vois pas que ma terre
Me donne en offrande à toi,

Si tu ne penses pas que je suis
La réponse à tes murmures jaculatoires,

Si tu ne devines pas mes larmes solitaires
Dans le vestibule de l’attente,

Si tu ne sais pas que tu es
La preuve de mon existence,
Alors,
Tu ne sais pas,
Tu ne comprends pas
Combien je t’aime.

Paris, 21 juin 2002   16 : 30


Un bassin,
Des canards,
Une brise d’été,
Une chaise,
J’y suis assis.
La nuit tombe
Comme le rideau
D’un théâtre
                   Plein,
                   Vide.
Le public est parti,
Les maquillages sont défaits,
Les masques sont tombés,
Le rideau reste tombé.

Je suis assis
Sur une chaise
Sous une brise d’un premier été
Et d’une lune à refaire.

Les canards glissent
Comme les aiguilles d’une horloge
Dans ce bassin de l’attente.

Paris, 22 juin 2002   22 : 22

 

ET JE PENSE A TOI…

Je regarde un enfant somnoler dans les bras tatoués de son père,
Et je pense à toi.

Je vois un couple se verser l’un dans l’autre dans l’épanchement des sentiments en urgence,
Et je pense à toi.

Dans la place des jets d’eau, des enfants jouent au ballon dans l’insouciance solaire de leurs jours,
Et je pense à toi.

Je croise un regard, des regards qui dénudent mon cœur avec la bénédiction de ton absence,
Et je pense à toi.

J’entends le cahotement des ballasts de la solitude quand le métro me prend sourdement,
Et je pense à toi.

Dans ma venelle, je me souviens des senteurs épicées de boissons lointaines,
Et je pense à toi.

Je rentre à la maison pour murer la stérilité de mes os, je me jette sur le lit creux,
Et je pense à toi.

Je prends un thé à la menthe, soudain ma bouche devient fraîche par le souvenir de tes baisers,
Et je pense à toi.

Lors de la prière du soir, je nomme ton nom demandant à Dieu l’éternité de nos yeux,
Et je pense à toi.

Je feuillète un livre dans l’écholalie de ta rencontre,
Et je pense à toi.

La nuit anesthésie mes paupières endolories de tant de larmes,
Et je pense à toi.

Dans l’ozalid de mes rêves, tu es un miracle découvrant ma peau,
Et je pense à toi.

Au matin, le rideau se lève sur ton soleil,
Et je pense à toi.

Je vois, dans la rue, des mains s’enchevêtrer dans le rassasiement des sentiments,
Et je pense à toi.

Des corps s’arrachent à l’intersection des départs,
Et je pense à toi.

Je contemple ému la statue se tenant le visage –je ne sais si c’est de douleur ou de honte- j’essore une larme,
Et je pense à toi.

Dans le ratinage de la solitude, des voix me parlent d’une mer glauque, d’une mère qui ratifie l’absence,
Et je pense à toi.

Sur le chemin du retour, des regards s’entrechoquent, des mains miment le désir dans le manquement de toi,
Et je pense à toi.

Paris, 25 juin 2002

 

La nuit est un océan
Où ma mémoire vogue
Parmi les ressacs
Des souvenirs étouffés.
Et toi,
Tu es un phare
A l’horizon lointain
Tantôt m’attirant,
Tantôt me rejetant
Dans de lunatiques vacillements.

Tout est prétexte aux yeux baissés,
Même ces palmipèdes déboussolés
Autour du bassin de ton enfance,
Pour lesquels tu offres
Un regard et un chant.
Or, j’ai travesti mes yeux
En palimpseste
Pour ne lire que tes voyelles
Et les unir à mes consonnes.

Brille donc de ton lointain horizon
Mais que ta lumière me guide
Jusqu’à ton rivage.

Paris, 06 juillet 2002   22 : 00

 

Je regarde une petite enfant
Courir sur cette pelouse
Et de ses pas incertains,
Elle tombe et se relève,
Retombe et se relève.

Je pense à l’incertitude de mes certitudes
Et la certitude de mes incertitudes.
Je me vois alors parcellisé
Titubant comme cette petite enfant
Dans les couloirs de la vie.
Je tombe dans le provisoire
Et me relève.
Je retombe dans l’improvisation
De l’attente
Puis me relève.

Je sautille sous l’apparence d’un papillon
Aux couleurs gaies
Dans l’attente de ma nuit
Pour me faire papillon de nuit
Et graviter autour du feu.

L’enfant tombe et se relève,
Je tombe et rêve
De ce qu’il y a derrière ce feu.

Paris, 06 juillet 2002   19 : 10

 

REVE 209 BJJB
« Mère Agitée »

Mon père m’a dit :
« La petite araignée est tombée »,
Et je n’ai rien compris.
Lorsqu’on me dit :
« Ta maman s’est éteinte »,
J’ai senti monter en moi
Les méandres de la tristesse.
Et je t’ai vue une mère agitée
Pour un départ sans adieu.
Puis, tu t’es relevée
Pour étreindre mon cœur
Telle une éponge larmoyante.
J’étais heureux
En te voyant érigée
Parmi les épitaphes
Et te donner de petits baisers.

Maman,
Les vrais départs sont ceux
Où l’on ne dit pas : « Adieu »


LE BONHEUR

J’ai l’imaginaire d’un bonheur
Parfait,
Et qui n’arrive point.
Quand vais-je le saisir ?
Je ne le sais.
Voilà pourquoi je suis dans l’opacité
De l’acédie.
Mais quand j’y pense,
N’est-ce pas dans son ascension
Que la montagne rencontre les nuages ?

Paris, 19 juillet 2002

 

BALSAMINE

Déjà la nuit descend,
Je la reconnais à cet éventail de lune
Qu’elle traîne toujours
Sous un ciel froncé.

Tu arrives alors avec un bouquet d’impatiens
Que tu jettes sur ma poitrine
Haletante d’attente.

La lune, les fleurs
Se rencontrent pour parler d’amour.

Paris, 20 juillet 2002   23 : 00

 

Le monde
S’effrite
Dans un frottement
Symptomatique
Du glas
Du Dernier Jour.

Mercredi 18 septembre 2002    15 : 27

 

Tels le corps et l’âme se sépareront
Au moment du Grand Départ,
Je partirai,
Tu partiras
Loin l’un de l’autre
Pour nous guérir de nos luttes
A qui haïra le premier
Ou qui aimera le dernier.

Paris, septembre 2002

 

En voulant rattraper la pelote
Du temps qui nous fuit,
Nous effilochant la vie
Que nous avons tissé dans la furie de la peine.

Paris, septembre 2002

 

Il n’est d’avenir que fidèle à l’enfance
Comme l’ombre est fidèle à la lumière.

Paris, jeudi 10 octobre 2002   23 : 15

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